Peter Bosz, loin d’être tout Blanc

Le faux pas de trop. En concédant un cinquième match sans victoire (4 défaites et un nul) vendredi dernier face à Toulouse (1-1), Peter Bosz (58 ans) a définitivement scellé son sort. Malgré la volonté première de Jean-Michel Aulas de le conserver, le futur actionnaire principal John Textor a validé le licenciement du Batave et son remplacement par Laurent Blanc (56 ans), jusqu’en juin 2024. Séduisante sur le papier, la greffe entre Bosz et l’OL n’a jamais pris. Le décalage entre les belles intentions des conférences de presse et le néant affiché par les joueurs une fois sur le terrain aura eu raison de celui qui quitte le club avec l’un des pires bilans de l’OL du XXIème siècle. Capitaine Lyon revient sur les 18 mois très compliqués du Batave sur le banc lyonnais, et l’héritage qu’il en restera.

Un profil parfaitement « OL compatible »

« On est allé vers le profil d’entraîneur le plus adapté à nos souhaits : expérimenté, capable de faire jouer les jeunes, identifié comme un référent en terme de jeu offensif. » Alors qu’il tourne la page Rudi Garcia, c’est un Jean-Michel Aulas radieux qui se présente face à la presse fin mai 2021. S’il n’a pas réussi à attirer son premier choix (ndlr : Christophe Galtier parti à l’OGC Nice), JMA voit en Peter Bosz le profil idoine pour permettre à l’OL de retrouver ses valeurs. Quelques jours plus tôt, il s’était d’ailleurs adressé aux « passionnés de l’Olympique lyonnais » dans une lettre ouverte : « Nous allons pousser vers cet état d’esprit, sortir du confort, car nous devons une revanche à tous nos fans et passionnés de l’OL. Le coach doit aussi être le garant de nos valeurs OL, nous devons l’aider dans sa mission, lui permettre d’avoir des joueurs avec cet état d’esprit exemplaire et être prêts à ouvrir la porte pour ceux qui ne seraient pas dans notre philosophie lyonnaise. »

Pour le président lyonnais, il s’agissait également de trouver un entraîneur capable de s’entendre avec son directeur sportif Juninho, légende du club nommée deux ans plus tôt en partie pour satisfaire les supporters. Sa collaboration avec Rudi Garcia s’étant terminée en eau de boudin, Jean-Michel Aulas n’imagine pas une seconde repartir avec un tandem dysfonctionnel. Avec le coach néerlandais, il semble avoir visé juste. « Il vient toujours dans mon bureau. On discute du match, du rapport avec les joueurs, de ce qu’on peut mieux faire, de sa vision … J’aime beaucoup ces discussions, car il a joué ici, et connaît mieux le championnat que moi » expliquait Bosz au Parisien en octobre 2021 au moment de décrire sa relation avec le Brésilien. Le Batave sera d’ailleurs particulièrement affecté par le départ surprise de «Juni» : « C’est le choix de Juni, malheureusement, pas le mien, sinon il serait toujours là. Il faut respecter son choix. »

Outre le board lyonnais, l’intronisation de Peter Bosz séduit également des supporters qui n’ont jamais adopté leur précédent coach. L’arrivée d’un technicien disposant d’expériences à l’Ajax Amsterdam ou au Borussia Dortmund les laisse forcément rêveurs… Et de son côté, le natif d’Apeldoorn (Pays-Bas) maîtrise parfaitement les éléments de langage permettant de se mettre l’opinion publique dans la poche. « J’ai toujours expliqué que j’avais une philosophie de jeu offensive et attractive car on joue pour les supporters et pas pour nous-mêmes. (…) C’est possible de jouer ainsi et de gagner des titres, à condition d’avoir une bonne organisation. » promettait notamment Peter Bosz au cours de sa conférence de presse de présentation. De belles intentions qui ne se traduiront jamais en acte.

« Encore des mots, toujours des mots, les mêmes maux… Je ne sais plus comment te dire »

Vendredi dernier, et alors que leurs joueurs restent sur quatre défaites de rang, les supporters lyonnais profitent de la réception du Téfécé pour exprimer leur mécontentement. Si les joueurs et la direction ne sont pas épargnés (« Grosse ambiances depuis le début de la saison, des parcages pleins loin de la maison. Et si les supporters étaient les seuls garants de l’institution ? » affichait notamment les Bad Gones après l’ouverture du score), deux actions vont être dirigées contre Peter Bosz, l’une claire et l’autre soumise à interprétation. D’abord copieusement sifflé au moment de l’annonce de son nom par le speaker, le Batave sera forcément dans le lot de tous ceux visés par une autre banderole déployée dans le Kop Virage Nord : « Encore des mots, toujours des mots, les mêmes maux… Je ne sais plus comment te dire. » En reprenant le tube « Paroles, paroles, paroles » de Dalida et Alain Delon, les supporters ont signifié à tous les protagonistes de l’institution OL, comprenant bien entendu l’ancien entraîneur de Dortmund, leur ras-le-bol vis-à-vis du gouffre persistant entre les beaux discours prononcés en conférence de presse et ailleurs et l’indigence footballistique observée chaque week-end.

Les premiers doutes concernant la méthode Bosz sont apparus en novembre 2021, à la suite d’une vilaine défaite concédée sur la pelouse du Stade Rennais… de Bruno Genesio (1-4). Menés seulement 1-0 à la pause, Peter Bosz sent bien que ses joueurs sont à côté de la plaque. « On n’en remporte pas un ! On se fait marcher dessus ! Vous ne respectez pas le maillot, vous n’honorez pas le maillot ! » s’emporte le technicien néerlandais devant un vestiaire silencieux (propos rapportés par l’Équipe). Si le sursaut d’orgueil espéré n’aura finalement pas lieu, Peter Bosz se présente revanchard trois mois plus tard en conférence de presse, avant le match retour : « On avait été très mauvais, heureusement il n’y avait eu que 4-0, enfin 4-1… Les joueurs et le staff avaient été mauvais. Rennes avait été très bon. On avait eu aucune chance de faire un bon résultat. Je n’ai pas oublié. Il faut regarder en arrière pour apprendre et il y avait beaucoup à apprendre de ce match. Heureusement on a progressé depuis. Rennes va rencontrer un autre OL. » Traduction sur la pelouse du Groupama Stadium ? Menés 0-2 au bout d’un quart d’heure, les Lyonnais s’inclinent lourdement (2-4) dans un match qui aura mis en lumière toutes les carences défensives des Gones. Ce nouveau revers, Bosz ne sait pas vraiment comment l’expliquer. « J’ai le même sentiment qu’à l’aller mais il faut dire que Rennes a bien joué, encore. Nous avons perdu et c’est mérité. Nous avons complètement raté le début de match. 3-0 à la mi-temps, c’est dur. À la mi-temps, nous avons tenté de prendre des risques en jouant avec seulement trois défenseurs pour marquer vite un but et revenir, mais malheureusement la première frappe a été pour Rennes qui a porté le score à 4-0. Après, j’ai vu mon équipe courageuse mais c’était trop tard. Je n’ai pas d’explication. »

Ce double revers infligé par un ancien entraîneur auparavant raillé par une partie du public lyonnais symbolise parfaitement les griefs reprochés à l’ancien entraîneur de l’Ajax : un décalage trop prononcé entre la théorie et la pratique. « Le côté humain et honnête de l’homme lui confèrent un véritable côté sympathique mais je commence comme beaucoup à douter de sa capacité à emmener le groupe là où il veut le mener. » s’interrogeait Gregory, supporter interrogé par le site Olympique & Lyonnais en août 2022. Et les statistiques vont totalement dans le sens des doutes de Gregory.

Une réalité statistique implacable

A l’issue de la première saison de Bosz entre Rhône et Saône, les Lyonnais terminent 8èmes et ne disputeront donc pas de coupe d’Europe la saison suivante. Une première depuis la saison 1996-1997 (ndlr : l’OL n’était pas européen à l’issue de la saison 2019-2020, mais elle n’avait pas été à son terme du fait de la crise sanitaire). C’est d’ailleurs l’Europe qui a longtemps tenu en haleine les suiveurs de l’OL la saison dernière. Mal embarqués en championnat, les hommes de Bosz font un quasi sans faute en Europa League lors des matchs de poule (5 victoires et un nul). En huitièmes de finale, ils viennent à bout du FC Porto (2-1 sur l’ensemble des deux matchs). C’est donc sereinement qu’ils abordent leur quart de finale face à West Ham, second couteau du championnat anglais. « J’ai eu une vision il y a quelque temps. Je pense que c’est la bonne année. On avait besoin de deux choses : l’arrivée de Tetê et créer un consensus derrière l’équipe pour aller vers tout ce que nous aimons, le succès et le beau jeu. » ose même Jean-Michel Aulas quelques jours avant la confrontation face aux Hammers. Rassurants après leur bon nul ramené du stade olympique de Londres (1-1), les Gones enterrent leurs derniers espoirs d’Europe en s’inclinant lourdement à domicile lors du match retour (0-3).

A l’issue de cette calamiteuse saison 2021-2022, beaucoup s’attendent donc à un départ de l’ancien coach de Dortmund. Pourtant, Jean-Michel Aulas renouvelle officiellement sa confiance au technicien, ce dernier avouant être le premier surpris. « L’an prochain ? J’espère être là. Le temps ? C’est rare dans le foot moderne. Je ne suis pas fou. Si les résultats ne sont pas tout de suite là, le plus facile c’est de changer l’entraîneur. Honnêtement, ça n’arrive pas souvent qu’un président en hiver te protège. C’est lui, Ponsot, les dirigeants. Ça n’arrive pas souvent, c’est une solidarité dans le foot moderne que je ne vois pas beaucoup. » Une solidarité qui finira par se heurter à la réalité statistique du mandat de Peter Bosz.

Sur les 59 matchs où il a dirigé l’OL, le Batave en a remporté moins de la moitié (46%). Lorsqu’on s’attarde sur la moyenne de points obtenus par match, Bosz est classé à l’avant-dernière place des entraîneurs de l’OL du XXIème siècle avec 1,64 points/match (seul Sylvinho fait moins bien). Si son bilan offensif est plutôt correct (1,71 buts/match, une moyenne strictement identique à celle de Paul Le Guen), c’est clairement la défense qui aura précipité la chute de l’entraîneur néerlandais. Avec 1,26 buts encaissés/match, Peter Bosz dispose du pire bilan de l’OL au XXIème siècle. Un chantier qui sera forcément prioritaire pour le défenseur de métier qu’était Laurent Blanc, le nouveau coach de l’OL.

Quel héritage pour Blanc ?

Le « Président » pourra notamment compter sur Castello Lukeba, formé au club et devenu titulaire sous Peter Bosz la saison dernière. Avec Malo Gusto, les deux Lyonnais représentent l’avenir du club, et le Batave est à l’origine de leur éclosion. L’ancien entraîneur du PSG pourra également s’appuyer sur Anthony Lopes, gardien en pleine forme qui a réussi à retrouver le niveau qui était le sien sous la houlette du coach néerlandais. Ce dernier était pourtant très partisan de l’arrivée d’André Onana (alors joueur de l’Ajax Amsterdam) lors de son premier mercato estival. Mais l’impossibilité de réaliser le deal aura permis au Portugais de se remettre en question et de redevenir un leader sur le terrain et en dehors. Au milieu, Blanc aura notamment pour mission de faire passer un cap définitif à Maxence Caqueret. Sa prolongation jusqu’en 2026 en fin de saison dernière s’accompagnait d’une volonté affichée de prendre des responsabilités. Celle-ci doit maintenant se traduire sur le terrain avec une régularité supérieure dans les copies rendues. Devant, Lolo « White » pourra s’appuyer sur deux attaquants de pointe confirmés avec Alexandre Lacazette et Moussa Dembélé. En totale perdition sous Rudi Garcia (prêté à l’Atletico Madrid lors de la deuxième partie de saison 2020-2021), le deuxième cité s’est totalement relancé sous Bosz, en facturant pas moins de 23 buts toutes compétitions confondues la saison dernière.

En dehors de ces quelques notes positives, il reste les questions. Et elles sont nombreuses. La plus importante d’entre elles est de savoir si Laurent Blanc réussira à provoquer le fameux « choc mental » espéré par tout club changeant d’entraîneur. « Le foot, c’est le dépassement de soi. Lyon, c’est une équipe de sénateurs, la plus fair-play du Championnat. Ça peut arriver d’être dépassé à Lens (0-1), mais depuis trois ans, l’OL connaît les mêmes problèmes, perd tellement de matches par manque d’intensité… » analysait froidement Sidney Govou dans l’Équipe il y a une semaine. Le premier défi du nouvel entraîneur de l’OL sera bien de ramener l’envie dans les travées du Groupama Stadium.

Ensuite, nous observerons les décisions de son prédécesseur que Blanc choisira de faire perdurer ou non. Jérôme Boateng a t-il encore un avenir à l’OL ? Thiago Mendes retrouvera t-il sa place dans l’entrejeu ? La fusée Rayan Cherki va t-elle enfin décoller ? Difficile de prédire l’avenir à moyen terme, l’OL n’ayant plus que cinq matchs de L1 à disputer avant le début de la Coupe du Monde 2022. Et comme Laurent Blanc l’a rappelé cet après-midi lors de sa conférence de presse de présentation, « l’urgence c’est de prendre des points. »

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