Laurent Blanc : ses années Ligue 1

Successeur de Peter Bosz sur le banc de l’Olympique lyonnais, Laurent Blanc fera son grand retour en Ligue 1 Uber Eats dimanche à 15H avec un déplacement périlleux à Rennes. Ses premières interviews ont donné le ton concernant les très probables changements à venir sur le terrain, avec une volonté claire de s’appuyer sur des joueurs expérimentés placés à leur poste de prédilection afin de faire remonter au plus vite les Gones au classement. En attendant l’annonce de sa première composition qui sera scrutée de près par les supporters, Capitaine Lyon revient sur les résultats et le jeu pratiqué par les équipes dirigées par le Cévenol lors de ses précédentes expériences en Ligue 1.

Bordeaux (2007-2010) : du 4-4-2 losange dans l’Hexagone au 4-2-3-1 en Europe

Après avoir mis un terme définitif à son immense carrière de joueur en 2003 à l’âge de 38 ans, et après avoir obtenu le DEPF (plus haut diplôme d’entraineur en France) en 2006, le champion du monde 98 se voit offrir son premier poste sur un banc de touche par les Girondins de Bordeaux en juin 2007. Accompagné de Jean-Louis Gasset en adjoint, il obtient des résultats plus que prometteurs dès sa première année en propulsant son équipe à la 2ème place du classement de Ligue 1 et en remportant la Coupe de la Ligue, lui permettant de glaner au passage le trophée UNFP 2008 du meilleur entraîneur. La saison 2009-2010 sera encore plus prolifique, avec l’acquisition du titre de Champion de France, mettant ainsi fin à l’incroyable domination de l’Olympique lyonnais et ses 7 titres consécutifs. Au cours de l’année suivante, son équipe subira un coup d’arrêt durant la seconde partie de saison, malgré un titre honorifique de champion d’automne et un parcours très honorable en Ligue des champions (défaite en ¼ de finale contre l’OL), et terminera à la 6ème place du classement.

Pour parvenir à ce niveau de résultats, fort de ses riches expériences de joueur dans les plus grands championnats européens, Laurent Blanc a su imposer un style de jeu entre la rigueur italienne et la technique catalane. L’animation offensive des Girondins est alors principalement basée sur la possession de balle, un jeu au sol et des redoublements de passes incessants afin d’étirer les défenses adverses. A la perte de balle, un soin particulier est apporté au replacement défensif en bloc équipe compact avec un travail de harcèlement de la part de l’ensemble des joueurs sur le terrain.

Côté dispositif, afin d’appliquer ses principes de jeu, l’ancien libéro opte très souvent pour un système à deux attaquants avec un milieu en losange durant les rencontres de championnat. Présenté sur le papier, ce système laisse apparaitre immédiatement une densité importante au cœur du jeu et des flancs quelque peu dégarnis. C’est alors le profil des 2 milieux relayeurs « de côté » qui décide de la pertinence de ce dispositif, ceux-ci devant très souvent proposer des solutions dans la largeur lorsque l’équipe est en phase offensive. Et cet aspect du jeu est parfaitement intégré par les joueurs bordelais à cette époque. D’une manière générale, la défense girondine à plat s’articule autour d’un libéro relanceur (Planus) et d’un stoppeur athlétique (Souleymane Diawara ou Ciani) avec à leurs côtés des latéraux offensifs (Trémoulinas et Chalmé).

Le milieu de terrain est composé d’une sentinelle défensive (Alou Diarra) derrière 2 joueurs de profils plutôt offensifs et excentrés (Wendel, Gouffran, Jussiê ou Plasil) et un meneur de jeu (Yoann Gourcuff). Le duo en pointe de l’attaque est habituellement formé de Chamakh (joueur endurant, bon dos au but et dans les airs) et Cavenaghi (profil de renard des surfaces). Le coach girondin se veut un peu plus prudent sur la scène européenne contre les favoris de la compétition en adoptant un 4-2-3-1 avec un milieu défensif supplémentaire, la plupart du temps Fernando, aux côtés de Diarra (et donc un attaquant en moins). C’est notamment le cas en phase de poules de Ligue des champions lors de l’année 2009-2010 où Bordeaux signe de belles performances face à la Juventus (1-1 à Turin, victoire 2-0 au stade Chaban-Delmas), et surtout une victoire marquante à Munich contre le Bayern, futur finaliste de la compétition, en adoptant une approche plus attentiste.

Si le Bordeaux cru 2007-2010 laisse le souvenir d’une équipe au football enlevé, résolument offensive, avec notamment un Gourcuff qui marche sur l’eau en 2009, les performances ne sont néanmoins pas toujours spectaculaires et la vérité statistique démontre surtout un réalisme et une régularité offensive détonants. En témoignent ainsi les 16 victoires (9 à domicile et 7 à l’extérieur) obtenues sur la plus petite des marges (1-0) l’année du titre… Une des forces également de l’équipe à cette époque se trouve du côté des coups de pieds arrêtés qui ont permis de débloquer la situation à de nombreuses reprises, notamment en fin de rencontre. Pour cela, Laurent Blanc pouvait compter sur des tireurs précis avec Wendel et Gourcuff, ainsi que d’excellents joueurs de tête à la finition en la personne d’Alou Diarra, Chamakh, Fernando, Diawara ou encore Ciani.

Paris Saint-Germain (2013-2016) : un 4-3-3 immuable… ou presque !

Après une expérience mitigée en tant que sélectionneur des Bleus de 2010 à 2012, sur fonds de traumatisme post « Knysna » et de polémiques des quotas discriminatoires, Laurent Blanc, toujours en compagnie de Jean-Louis Gasset, remplace Carlo Ancelotti à la tête du PSG en juin 2013. S’il n’est pas le 1er nom inscrit sur la short-list des dirigeants qataris, le « Président » fait pourtant taire tous ses détracteurs en donnant au PSG un visage souvent plus attrayant en termes de jeu que celui aperçu sous le mandat de son prédécesseur. Et son bilan comptable est à la hauteur des exigences du club, tout du moins en ce qui concerne les compétitions nationales, en raflant quasiment tous les titres domestiques durant son passage : 3 trophées de Ligue 1, 3 Coupe de la Ligue et 2 Coupe de France (seule l’édition de 2014 manque à son tableau).

Avec un effectif de superstars à sa disposition (complété par le recrutement de Cavani et Marquinhos la 1ère année, David Luiz en 2014 et Ángel Di María en 2015), Laurent Blanc garde ses principes de jeu et abandonne le fameux 4-3-2-1 « sapin de Noël » d’Ancelotti orienté sur la contre-attaque pour un 4-3-3 très technique basé sur une forte possession de balle. Ce système présente en effet la répartition géographique la plus harmonieuse sur le terrain, c’est-à-dire qu’il induit les triangles de jeu les plus nombreux et les plus naturels entre les joueurs de champs. Il en résulte des relances très propres de la part du duo défensif axial (Thiago Silva-David Luiz ou Marquinhos), des latéraux qui se projettent fréquemment (Maxwell/Kurzawa à gauche, Van Der Wiel/Aurier à droite), Ibrahimovic qui décroche régulièrement de sa position d’avant-centre afin de combiner avec les ailiers offensifs (Di María /Lucas/Lavezzi/Cavani), et surtout un trident Motta-Verratti-Matuidi très complémentaire dans le cœur du jeu, garantissant à la fois la maitrise du ballon et la solidité défensive. De l’avis de nombreux observateurs, ce PSG version Blanc reste l’un des plus impressionnants à ce jour en termes de philosophie de jeu et de performance collective de l’ère qatarie. Et pour couronner le tout, l’ex-joueur de l’équipe de France aux 97 sélections maintient l’étiquette d’expert en matière de coups de pieds arrêtés. L’équipe performe tel un véritable rouleau compresseur, à l’image de la saison 2015-2016 avec les 102 buts inscrits par les joueurs parisiens et une différence de buts inégalée dans l’histoire du championnat (+83).

Seul point noir au tableau : Laurent Blanc n’a aucune variante tactique. Le système en 4-3-3 est imposé à tous ses adversaires durant 3 ans, quelle que soit la qualité de l’opposition. Et l’exception du match retour de 1/4 de finale de Ligue des champions contre Manchester City en 2016 lui sera fatal. Après un résultat défavorable lors du match aller au Parc des Princes (2-2), le Cévenol improvise un coup tactique à 48h du coup d’envoi du match retour et décide d’instaurer un 3-5-2 inédit à l’Etihad Stadium. Dans un des systèmes les plus exigeants tactiquement, les joueurs sont perdus sur le terrain, orphelins de tout automatisme, et s’inclinent 1 à 0. Une quatrième élimination de suite à ce stade de la compétition qui précipite la chute de l’entraineur quelques mois plus tard. Laurent Blanc est alors licencié à la fin de la saison, décide de faire une pause et, malgré quelques touches avec des clubs plus ou moins prestigieux (dont l’OL en 2019 !), on ne le reverra plus sur un banc européen pendant 6 ans. Jusqu’à son arrivée dans la capitale des Gaules il y a quelques jours, cette fois-ci accompagné de Franck Passi en qualité d’entraineur adjoint…

 

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