Jérôme Boateng, encore du carburant dans le moteur ?

Laurent Blanc nous avait prévenu : « Les joueurs qui peuvent sortir l’équipe de la situation délicate, ce sont les joueurs expérimentés. Je vais m’appuyer sur eux dans les jours à venir pour prendre des points et gagner en confiance. » Malgré sa première défaite concédée en tant que coach lyonnais sur la pelouse du Stade Rennais (2-3), le « Président » a tenu parole en sortant de son chapeau un certain Jérôme Boateng (34 ans). Jusqu’alors, le champion du monde 2014 n’avait pas disputé la moindre minute de jeu sous le maillot lyonnais cette saison. Depuis son arrivée au club en toute fin de mercato estival 2021, le demi-frère de Kevin-Prince Boateng (Herta Berlin) s’est surtout distingué par son incapacité à retrouver le niveau qui était le sien sous les couleurs du Bayern Munich (10 saisons passées en Bavière) ou celles de la Nationalmannschaft (76 capes, 1 but). Des contre-performances qui ont également mis en lumière la nervosité dont peut faire preuve Boateng, et qui ont donc entamé sa crédibilité au sein du vestiaire lyonnais. Alors que son bail à l’OL se terminera à la fin de la saison en cours, l’ancien joueur du Bayern Munich dispose avec l’arrivée de Blanc d’une chance inespérée de retrouver une place au sein de la charnière centrale. Car un champion du monde mis au ban par un milieu sentinelle de formation, ça fait tâche quand même.

Lyon accueille un immense champion

Neuf titres consécutifs en Bundesliga de 2013 à 2021, cinq coupes et cinq Supercoupes d’Allemagne, deux Ligues des champions (2013, 2020), deux Supercoupes de l’UEFA (2013, 2020) et deux Coupes du monde des clubs (2013, 2020). Et évidemment, le titre de champion du monde obtenue avec l’équipe nationale d’Allemagne en 2014 (victoire 1-0 a.p. contre l’Argentine). S’il a choisi l’OL lors de ce dernier jour de mercato estival 2021, Jérôme Boateng ne l’a pas fait pour garnir une armoire à trophées déjà pleine à craquer. « J’ai pris très vite la décision de venir ici. Et j’ai été très bien accueilli. J’avais des touches avec d’autres clubs, mais je suis très excité par ce nouveau chapitre de ma carrière. Et je veux entrer aussi dans ce stade incroyable. Pour moi, il était très important d’avoir un bon feeling avec le club et le projet et j’ai discuté avec Peter (Bosz) avec qui nous avons eu de très bons rapports. » exposait-il lors de sa conférence de presse de présentation. Faire signer gratuitement un joueur disposant d’une telle expérience apparaît alors comme une aubaine pour l’OL. A quelques heures de la fermeture du mercato, le club se cherche désespérément des leaders qui ont déjà gagné et qui savent le faire.

Avec 4 points pris sur 12 possibles, l’OL version Bosz n’emballe pas vraiment lors de ce mois d’août 2021. Les méthodes du Batave pas encore remises en cause, c’est surtout l’attitude des joueurs qui inquiète les fidèles de l’OL. Prêts à laisser du temps à leur nouveau coach et ses promesses attractives, les supporters ne comprennent pas les manques de solidarité et combativité qui caractérisent les joueurs lorsque leur équipe est en dedans. Et Bosz ne voit pas comment il pourra mettre en place ses méthodes avec des joueurs aussi peu concernés. Lors de la deuxième journée, après une débâcle sur la pelouse du SCO Angers (0-3), il tranche donc dans le vif en obtenant la mise à pied du défenseur brésilien Marcelo (lyonnais de 2017 à 2022), coupable de s’être amusé de ses propres flatulences, alors que son capitaine Léo Dubois cherchait ses mots pour remobiliser les troupes. À quinze jours de la fermeture du mercato, l’OL doit se construire une équipe. Et vite.

Peter Bosz prend alors son téléphone et vend son « projet OL » à trois joueurs bien plus habitués aux soirées de Ligue des Champions qu’à celles d’Europa League. Coup sur coup, Lyon attire Emerson Palmieri (prêté par Chelsea), Xherdan Shaqiri (vendu par Liverpool pour 6M€ et des bonus) et Jérôme Boateng (laissé libre par le Bayern Munich). Le coach néerlandais souhaite faire de ces joueurs confirmés des exemples pour la jeune génération émergeant à l’OL. Pourtant, un détail gênant a échappé à Jean-Michel Aulas au moment de faire signer le défenseur allemand : huit jours après son arrivée, Boateng est condamné par le tribunal de Munich à 1,8M€ d’amendes pour violences et blessures sur la mère de ses deux enfants (ndlr : Boateng a fait appel de cette décision). Une tendance à la nervosité à laquelle ses coéquipiers ont pu se frotter la saison dernière.

Une crédibilité effritée au fil des contre-performances

Si l’OL a choisi de miser sur Boateng, c’est avant tout pour l’associer à Jason Denayer et disposer d’une charnière centrale solide. Que s’est-il passé pour que ce tandem confirmé soit mis de côté et que Bosz leur préfère finalement une charnière inédite composée d’un joueur en devenir et d’un milieu défensif de formation (Lukeba-Mendes) ? Le premier nommé a vu sa saison se terminer en décembre 2021 en raison d’une grosse blessure à la cheville, mais également de son refus de prolonger à l’OL. De son côté, Jérôme Boateng ne parvient pas à afficher des prestations à la hauteur de son statut. Cette situation va provoquer chez lui une frustration impossible à garder pour lui.

Début novembre 2021, l’OL se fait laminer au Roazhon Park par le Stade Rennais (1-4) et les premières limites de la méthode Bosz pointent le bout de leur nez. Au cours du match, Boateng apparaît totalement dépassé par les évènements. Alors que sa note aurait certainement été plus salée sans Lukeba (il obtient un 2/10 dans l’Équipe), l’ancien défenseur du Bayern Munich fait le choix de s’en prendre à ses coéquipiers plutôt que de se remettre en question. En première mi-temps, les téléspectateurs le voient passer une soufflante à son capitaine Léo Dubois en raison d’un placement défensif jugé approximatif.

À la fin du match, dans un vestiaire silencieux, il s’en prend à à Rayan Cherki, coupable de lui avoir trop sèchement répondu après que l’Allemand lui avait reproché d’avoir tenté et raté un petit pont dans son propre camp à la 88e minute. Debout face à son jeune coéquipier, il hurle en anglais : « Pour qui tu te prends ? Tu as 18 ans tu n’as rien fait ! Tu dois me respecter ! » Durant de longues secondes, personne n’intervient.

Malgré cette volonté de secouer ses coéquipiers, les performances de Boateng ne s’améliorent pas, et sa nervosité persiste. Catastrophique lors de la défaite des Gones à Monaco en février 2022 (0-2), Boateng fait une nouvelle fois parler de lui suite à un début de bagarre à l’entraînement avec Bruno Guimarães. C’en est trop pour Peter Bosz qui préfère sortir du groupe son champion du monde allemand. Six mois après ses débuts en L1, le natif de Berlin dégage un comportement trop nerveux, incarnant de manière excessive un rôle de meneur d’hommes que ses performances ne justifient pas. Bosz le sort de son onze et installe Thiago Mendes à sa place.

Le nouveau taulier de Blanc ?

Malgré un salaire très confortable à l’OL (350 000€ bruts mensuel selon l’Équipe), beaucoup imaginaient l’ancien joueur du Bayern quitter le club dès cet été. Il confirme d’ailleurs au magazine allemand Kicker qu’il ne se ferme aucune porte : « Je n’ai pas encore de projets concrets. Les États-Unis sont toujours intéressants, mais je ne m’y vois pas cette année ou l’année prochaine. Un retour en Allemagne ? Le sujet n’est pas fermé. Je peux m’imaginer beaucoup de choses en Europe. L’Allemagne en fait partie, car c’est une ligue formidable avec de grandes équipes et de grands fans. La Bundesliga ce n’est pas forcément non.» Faute d’offres satisfaisantes, il choisit finalement de rester à Lyon avec la ferme intention de retrouver une place dans le onze. L’international allemand compte notamment sur une préparation estivale qui lui avait fait défaut l’été précédent : «Je suis heureux de pouvoir enfin effectuer une préparation complète, je me sens très bien, je suis en forme et très motivé. C’est une situation de départ très différente pour moi de celle de l’année dernière. Je me sens en pleine forme et je sais que je peux jouer à haut niveau. Tant que l’on s’entraîne bien, cela ne fait aucune différence que l’on ait 30 ou 33 ans. Je veux continuer à me mesurer aux meilleurs et j’ai quelques bonnes années devant moi. »

Avec sa volonté de s’appuyer sur ses joueurs expérimentés, Laurent Blanc semble être sur la même longueur d’ondes. Celui qui a arrêté sa carrière à 38 ans et au sommet, à Manchester United, sait mieux que quiconque que les printemps qui s’accumulent peuvent se compenser par l’expérience des grands rendez-vous. S’il retrouve la pleine possession de ses moyens, Boateng peut apporter à l’OL ses qualités de lecture du jeu et sa science du placement. Adroit des deux pieds, il pourrait également constituer le fer de lance des transitions offensives des Gones. Les supporters lyonnais seraient également heureux de le voir encadrer et faire progresser Castello Lukeba (19 ans) et Sinaly Diomandé (21 ans), l’avenir du club en défense centrale.

En revanche, si ses contre-performances de la saison dernière se confirment, les Lyonnais devront s’empresser de tourner la page Jérôme Boateng. Dès cet hiver, la cellule de recrutement devra alors se mettre en quête d’un défenseur central confirmé, capable de devenir le véritable leader de l’arrière-garde lyonnaise. L’OL n’a plus assez de marge de manœuvre pour expérimenter la polyvalence de ses joueurs.

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