Le BaLyon d’Or

Le jour de gloire est arrivé. Comme le prévoyaient 68 % des Français dans un sondage réalisé par Odoxa pour Winamax et RTL, Karim Benzema (34 ans) remporte la 66ème édition du Ballon d’Or, et devient par la même occasion le premier Français depuis Zinédine Zidane (1998) à soulever la récompense. Ce soir, c’est tout Lyon qui s’enthousiasme en admirant ce Gone pur jus obtenir une si belle consécration. Capitaine Lyon revient sur l’histoire d’amour éternelle entre la capitale des Gaules et le gamin de Bron-Terraillon.

Adoré à Lyon, admiré à Bron

« Moi et Lyon, c’est une histoire d’amour. Je suis très content et fier. Merci à tous les supporters, ils sont venus nombreux pour nous. C’est une de mes plus belles émotions ce soir et en plus il y a la victoire. » Il s’agissait pourtant d’un simple match de qualification pour le Coupe du Monde contre le Finlande (victoire des Bleus 2-0). Mais pour Karim Benzema, ce mardi 7 septembre 2021 demeure comme l’une de ses plus belles émotions de footballeur. Banderole des Bad Gones ( « Benzema, bienvenue chez toi »), des « Karim, Karim » ​lancés par les supporters à chaque arrêt de jeu… L’enfant du pays a est salué comme il se doit. Et KB9 ne manque pas de les remercier en retour, en réalisant un tour du stade en solo une fois le match terminé. Pour ce Gone de souche, il s’agit d’une grande première au Groupama Stadium, lui qui n’avait connu que Gerland jusqu’ici. Il était donc nécessaire de marquer le coup pour ce Gone du club, dont l’histoire d’amour avec l’OL dure depuis 25 ans (ndlr : il a intégré l’OL en 1996).

Même s’il n’a jamais foulé la pelouse du nouveau stade, le Brondillant n’a pourtant jamais coupé avec ses racines rhodaniennes. « Quand il vient à Lyon, il passe au Terraillon, voit ses copains, les potes. Il fait son tour, va dans les restaurants de Bron, joue un peu au foot. Il y a de l’effervescence quand il est arrêté au feu rouge. C’est un peu compliqué, quand même » rigole l’un de ses beaux-frères Samir, dans les colonnes du Progrès début juin 2021. « Il revient très souvent. Sa famille est très implantée », relève de son côté, le maire Jérémy Bréaud. S’il est bien la fierté de la cité brondillante, ses habitants lui vouaient jusqu’à présent une admiration plutôt discrète. La seule star du football honorée sur les murs de la ville est Diego Maradona, immortalisé suite à son décès en novembre 2020. Selon Lyon Mag, cette anomalie sera réparée mercredi prochain avec l’inauguration d’une fresque à l’effigie de la plus grande star que Bron n’est jamais connue.

S’il prend effectivement sa première licence au sein du club du SC Bron Terraillon, le club de l’est lyonnais devient rapidement trop petit pour celui qui rêve de marcher sur les traces de son idole, le Brésilien Ronaldo. À 9 ans, lors d’un match entre son équipe et les poussins de l’Olympique lyonnais, El Nueve marque deux buts. Il est repéré par le club phare de la région et intègre son académie dès l’année suivante.

Une confiance en lui inébranlable

Jusqu’à ses 15 ans, le jeune Karim renvoie une image de garçon réservé mais bosseur. « J’étais resté un peu sur ma faim parce que je trouvais qu’il y avait beaucoup de talent, mais que l’investissement n’était pas encore à la hauteur de ce qu’on pouvait attendre pour pouvoir jouer au niveau national. » confiait Armand Garrido, un de ses formateurs à l’OL, au micro d’Europe 1. « C’est à la fois un mélange de timidité, et puis d’assurance. Mais c’est un peu l’agressivité des timides, c’est pas tout à fait ça, mais les gens qui osent pas, quand ils parlent vraiment, en général ça tombe, et là, ça tombe. » confirme le journaliste Vincent Duluc au micro de RTL. Tout s’accélère lorsque Benzema se met à appliquer les conseils prodigués. Il tape même dans l’œil de l’important Bernard Lacombe, alors conseiller du président Aulas : « Armand me dit ‘viens me voir, il y a un joueur, tu verras’. C’est là que j’ai vu Karim la première fois. Il a fait des choses ce matin-là… On aurait dit qu’il attirait le ballon ». Logiquement, l’OL lui fait donc signer son premier contrat professionnel en janvier 2005, veille d’une victoire face à Metz (2-0) où KB9 est lancé pour la première fois dans le grand bain par Paul Le Guen. Numéro 33 dans le dos, il délivre même une passe décisive pour Bryan Bergougnoux.

Conformément à son caractère, le bizutage chez les pros est une épreuve pour Benzema. Face à sa réserve, ses coéquipiers le chambrent gentiment. Mais loin de manquer de confiance en lui, le Brondillant va alors moucher tout le monde en sortant une phrase devenue culte  : « Vous pouvez rigoler mais si je suis là, c’est pour prendre votre place. » Tout sauf des paroles en l’air.

Une ascension fulgurante

La saison suivante, l’international français (97 sélections, 37 buts) grappille du temps de jeu et commence à se faire une place dans l’une des équipes les plus sexys du continent. «Historiquement, au moment où Karim Benzema arrive, Lyon est une équipe, qui est peut-être une des meilleurs équipes d’Europe et qui aurait peut être été beaucoup plus haute, qui aurait été peut-être la meilleure équipe d’Europe, s’il avait eu un grand avant-centre. Malheureusement pour Lyon, ça n’a pas été le cas (…) Benzema, il pouvait s’imaginer comme le chaînon manquant », expliquait Vincent Duluc, toujours au micro de RTL. Le jeune Gone ouvre son compteur lors du dernier match des phases de poule de la C1 2005-2006, face à Rosenborg (1-0). Titularisé à 4 reprises en Ligue 1, KB9 attend la 29ème journée pour enfin scorer lors d’une victoire obtenue à l’AC Ajaccio (3-1, match du fameux coup-franc de Juninho marqué depuis la ligne médiane). À la fin de cette saison, Benzema réaffirme sa volonté de s’imposer à l’OL, « l’une des meilleures équipes d’Europe », en prolongeant son contrat jusqu’en 2010.

Lors de la saison 2006-2007, le joueur d’origine algérienne continue de faire son trou au sein de l’effectif galactique de Gérard Houllier. Rappelons que ses concurrents se nomment alors Sidney Govou, Sylvain Wiltord, Fred ou John Carew. Pourtant, le jeune Lyonnais profite de chaque occasion offerte par l’ancien sélectionneur des Bleus pour se faire remarquer. Il inscrit notamment deux buts en phase de poules de Ligues des Champions, dont celui de la qualification en 8èmes de finale face au Dynamo Kiev (1-0). Ses performances sont également remarquées par le sélectionneur des Bleus, Raymond Domenech, qui lui offre sa première sélection face à l’Autriche (1-0) en mars 2007. Une fois encore, Benzema ne déçoit pas en inscrivant le seul but d’un match commenté par le regretté Thierry Gilardi. Conscients que leur pépite attirent des prétendants de plus en plus prestigieux, l’OL prolonge à nouveau Benzema jusqu’en 2012.

La saison 2007-2008 est celle de la consécration pour le Brondillant. Les mérites du septième et dernier titre de l’OL, mais également ceux de la victoire en Coupe de France (6 buts inscrits), reviennent en grande partie à KB9. Devenu titulaire indiscutable sous Perrin, « Benz’ » se fixe un objectif de 15 buts en début de saison. Ce total, il l’atteint dès la 23ème journée et termine finalement la saison meilleur buteur de Ligue 1 (20 buts). Ses pairs le désignent également meilleur joueur du championnat lors des trophées UNFP. Sur la scène européenne, il fait briller son club formateur en inscrivant notamment un doublé qualificatif sur la pelouse des Glasgow Rangers (3-0). Lors du tour suivant, il inscrit le seul but des siens face au Manchester United (2-1 sur les deux matchs) de Sir Alex Ferguson. Lors de l’été 2008, les top clubs européens se montrent de plus en plus insistants. Mais preuve de la stature de l’OL à cette époque, Jean-Michel Aulas réussit à le convaincre de prolonger d’une année supplémentaire, tout en lui offrant l’un des meilleurs salaires du club. « Le club a fait le nécessaire pour que Karim Benzema ait envie de rester à Lyon sans avoir à rougir de la comparaison avec les pays étrangers. Il fallait le convaincre qu’il trouverait un cadre financier comparable à son talent, qui est immense. Donc oui, c’est un bon contrat. » admet le président lyonnais au moment de l’officialisation de la nouvelle.

La dernière saison du phénomène en rouge et bleu est celle de la confirmation. Même si Puel a plutôt tendance à le positionner sur le côté gauche, Benzema termine deuxième meilleur buteur du championnat 2008-2009 avec 17 buts. Fin 2008, et même s’il n’obtient aucune voix, il fait sa première apparition dans une liste des nommés pour le Ballon d’Or qui comprend des légendes comme Michael Ballack ou Ruud Van Nistelrooy. Il obtiendra dix autres nominations avant de finalement soulever la récompense individuelle suprême ce lundi 17 octobre 2022.

« J’aurais voulu faire encore une année de plus à Lyon mais je n’avais plus le goût. C’était terminé. Je ne m’entendais pas très bien avec l’entraîneur (Claude Puel). Lyon m’a beaucoup appris mais je n’avais plus de concurrence là-bas. Du coup, parfois, je ne m’entraînais pas très bien parce que je savais que j’allais jouer le week-end, même si je n’étais pas performant. J’avais un statut alors qu’ici, il faut se faire sa place, même à l’entraînement. » avouait l’attaquant formé à l’OL à RMC Sport en octobre 2009. Quelques semaines auparavant, Jean-Michel Aulas s’est entendu avec Florentino Pérez (président du Real Madrid) pour céder son joyau contre la coquette somme de 35M€ (41M€ avec les bonus). Benzema quitte l’OL avec quatre titres de champions et une coupe de France inscrites à son palmarès. Il paraphe un contrant de six ans avec le Real, club qui le fait rêver depuis sa plus tendre enfance.

Le meilleur footballeur français de l’Histoire ?

Comme à l’OL, la montée en puissance de KB9 à Madrid va se faire progressivement. Un an après l’arrivée de Benzema au club, José Mourinho qualifie l’attaquant français de chat, se plaignant avec véhémence que l’attaquant français n’était pas le chien de chasse dont il avait besoin sur le front de l’attaque. Les supporters merengues vont également avoir du mal à se faire au style Benzema, trop altruiste et pas assez tueur à leur goût. Pourtant, cette manière de se mettre au service de Cristiano Ronaldo (meilleur buteur de l’histoire du club avec 450 buts) va permettre au Real Madrid de collectionner les titres. « Cristiano m’a beaucoup aidé, avec lui j’avais un autre rôle et quand il est parti, je savais que je pouvais faire un pas en avant en marquant des buts, mais toujours en jouant au football . Ce qui a changé depuis, c’est mon nombre de buts, mais je continue à jouer comme je pense que nous devons le faire. » confiait-il aux médias espagnols l’été dernier. Impliqué dans 20 % des buts du Real avec Cristiano, l’impact offensif de Benzema a effectivement doublé depuis le départ du Portugais. Son titre de meilleur buteur de la Liga Santander obtenu lors de la saison 2021-2022 l’illustre parfaitement.

A Madrid depuis maintenant 13 ans, El Nueve a eu le temps d’amasser les récompenses individuelles. Désigné quatre fois joueur français de l’année par le magazine France Football (2011, 2012, 2014 et 2021) et trois fois meilleur joueur français à l’étranger lors des trophées UNFP (2019 2021 et 2022), Benzema peut considérer ces reconnaissances nationales comme le fruit de ses performances en club. Meilleur joueur et meilleur buteur de la Ligue des Champions 2021-2022, meilleur buteur de la Liga Santander 2021-2022 (27 buts), désigné deux fois meilleur joueur du championnat espagnol (2020 et 2022), le Brondillant a tout simplement gravé son nom dans l’histoire du football espagnol. Le fait d’avoir dépassé la légende madrilène Raúl au nombre de buts inscrits (l’Espagnol a stoppé son compteur à 323) permet de mesurer la trace que le Français laissera au sein de l’un des meilleur clubs au monde.

Mais plus que les statistiques individuelles, c’est une aventure collective pour laquelle œuvre Benzema depuis 2009. Avec cinq Ligues des Champions, quatre Supercoupes de l’UEFA, quatre coupes du monde des clubs, quatre titres de champions d’Espagne et deux coupes du Roi, KB9 dispose tout simplement d’un palmarès inégalé en France. S’il lui prenait l’idée de porter l’équipe de France vers une troisième étoile dans un mois, une question plus que légitime devra être posée à tous les amateurs de ballon rond : Karim Benzema est-il le meilleur joueur de l’Histoire du football français ?

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