Alexandre Lacazette, rassemblement « Général »

Qu’elle fait du bien ! Avec un but sur le fil et une passe décisive en 1ère mi-temps, Alexandre Lacazette (31 ans) a été le principal artisan du succès de l’OL sur la pelouse de Montpellier (2-1). Une victoire qui permet à l’Olympique lyonnais de renouer avec la victoire après six journées sans gagner (5 défaites et 1 nul). Dès son intronisation il y a quinze jours, Laurent Blanc avait clairement indiqué qu’il compterait sur les joueurs expérimentés pour sortir l’OL de l’impasse. Avec Lacazette, le coach dispose d’un profil de choix : un ancien de la maison dont le cœur bat rouge et bleu, et qui s’est frotté au très haut niveau durant ses cinq années passées à Arsenal. Pour retrouver des couleurs en Ligue 1, l’OL devra impérativement s’appuyer sur son capitaine Alexandre Lacazette.

Le retour d’une idole

« Merci surtout de l’accueil et de l’amour porté ces derniers mois. J’ai rejoint Lyon, c’est devenu une évidence ces dernières semaines. Même sans une qualification en Europe, le projet était plus important. Avec la situation, le projet, l’ambition du club, je me sentais utile dans le vestiaire et sur le terrain. C’était la meilleure décision à prendre. » Les supporters de l’OL en rêvaient, les dirigeants de l’OL l’ont fait : Alexandre Lacazette, premier buteur de l’histoire du Groupama Stadium (face à Troyes, 4-1), est bel et bien de retour, là où tout a commencé. « Toute notre stratégie partait dans la force de l’institution et des plus grands joueurs qui l’ont illustré. On voulait rendre crédible notre discours et nous avons fait en sorte de passer de la réflexion aux actes. Il fallait qu’Alexandre accepte notre stratégie de faire revenir l’un de ses généraux les plus appréciés, les plus performants pour donner un sens à un contenu et une histoire qui s’est réalisée. Un retour qui nous comble de bonheur et d’ambitions » se félicitait Jean-Michel Aulas devant les médias. Et effectivement, aucun suiveur de l’OL n’a oublié le premier passage du Gone de Mermoz entre Rhône et Saône.

Devenu professionnel en août 2010 (ndlr : en mai, il avait été lancé dans le grand bain de la L1 par Puel), Alexandre Lacazette a inscrit son nom dans le grand livre d’or de l’Olympique lyonnais. Troisième meilleur buteur de l’histoire du club (ndlr : il est à 16 unités de Bernard Lacombe, deuxième), l’ascension du « Général » s’est paradoxalement déroulée dans une période de vaches maigres pour Lyon. Déclassé suite aux trois années de contre-performances sous Puel, l’OL entame alors une cure d’austérité dans l’attente de la livraison de son grand stade. Afin de faire patienter les fans lyonnais, leur président désigne Rémi Garde comme entraîneur de l’OL, et encourage ce dernier à s’appuyer sur le centre de formation pour constituer son groupe. Loin d’être effrayé par l’idée, Garde, dont l’amour pour Lyon n’est plus à démontrer, y voit plutôt l’occasion de de donner une patte identitaire à son effectif. Gonalons, Grenier, Umtiti, Ghezzal, Lopes, Ferri, Tolisso et donc Lacazette… Nombreux sont les joueurs formés au club révélés par Garde au cours de son mandat d’entraîneur lyonnais (2011-2014).

D’abord utilisé sur un côté afin de pouvoir l’aligner avec Bafetimbi Gomis (ndlr : ce qui ne l’empêche pas de terminer meilleur buteur du club avec 15 buts en 2013-2014), Alexandre Lacazette va rapidement revendiquer le poste d’attaquant axial. « Voilà, j’avais annoncé en début de saison avoir envie de voir si j’avais les épaules assez solides pour tenir ce rôle de 9. Mais cela fait seulement deux matchs disputés à ce poste, j’aimerais bien voir sur toute une saison. » Pourtant, c’est bien sur le côté que Didier Deschamps lui offre sa première sélection face à l’Uruguay (0-1) en juin 2013. Ses désirs d’axe seront finalement exaucés lors de la saison 2014-2015 par autre ancien de la maison revenu au poste d’entraîneur : Hubert Fournier.

Dès sa première année comme avant-centre, Lacazette justifie la confiance que lui accorde son nouveau coach en terminant meilleur buteur de Ligue 1 (27 buts). A tout juste 23 ans, ses performances déclenchent inévitablement un intérêt de plus en plus appuyé des top clubs européens. L’OL souhaitant profiter encore du talent de son joyau, Jean-Michel Aulas et Hubert Fournier ne cèdent pas sous la pression des grands clubs, et ils se démènent tout l’été pour le faire prolonger. Les deux hommes obtiennent finalement gain de cause une fois le mercato terminé, avec une prolongation jusqu’en 2018 paraphée en septembre.

Cet été agité va pourtant laisser des traces dans l’esprit du buteur rhodanien. «On sent bien que ce n’est pas le même Lacazette que la saison dernière» lâche même Laurent Fournier fin septembre 2015. Son buteur déjà sifflé par le public lyonnais, ce lâchage public va définitivement refroidir les relations entre les deux hommes. « J’aurais préféré qu’il montre qu’il était derrière moi plutôt que de m’enfoncer encore plus. ». S’estimant également «déçu» par le communication offensive de son président tout l’été, le numéro 10 de l’OL choisit l’Équipe pour régler ses comptes. Le triple buteur du dernier derby à Gerland (3-0) ne sait pas encore qu’il vit ses derniers mois coaché par Hubert Fournier.

Le remplacement de ce dernier par son adjoint Bruno Genesio va littéralement transformé l’ancien Gunner. Premier buteur d’un formidable outil qu’on appelle encore le Parc OL, Lacazette marche sur l’eau lors de la deuxième partie saison 2014-2015. Si tout le monde a retenu le doublé de Yanga-Mbiwa, il inscrit notamment un fabuleux triplé lors de la victoire capitale face à Monaco (6-1) lors de la 37ème journée. Les Gones terminent deuxièmes du championnat et se qualifient donc directement pour la C1.

Si la dernière saison d’Alexandre Ier à l’OL n’est pas brillante collectivement (Lyon termine 4ème de L1), le buteur inscrit la bagatelle de 37 buts toutes compétitions confondues. Les Gones s’illustrent surtout sur la scène européenne. Troisième de leur poule en C1 (qui comprenait la Juve, Séville et Zagreb), l’OL réalise en Europa League une épopée qui a laissé des souvenirs mélangés à Lyon (ndlr : l’OL se fait éliminer 5-4 sur les deux matchs en demi-finale contre l’Ajax), mais au cours de laquelle les fans de l’OL ont pu admirer un Lacazette marquant à chaque tour qualificatif. Longtemps annoncé à l’Atletico Madrid, c’est finalement Arsenal qui se montre le plus convainquant une fois l’été venu. Les Gunners déboursent 53 millions d’euros pour s’attacher les services de l’homme au 100 buts avec l’OL, et c’est une belle page de l’histoire du club qui se tourne.

Alex le grand frère

« J’essaie de partager un peu mon expérience, mon vécu. Juste d’apporter ce que j’ai eu, les conseils comme quand j’étais plus jeune. Les Jimmy Briand, Michel Bastos, Lisandro Lopez, Bafé Gomis, ils m’ont toujours aidés donc j’essaye de retranscrire. » Interrogé par le Canal Football Club fin août dernier, Alexandre Lacazette prend le temps de décrire son nouveau rôle à l’OL depuis son retour. Une facette de sa personnalité qu’il a forcément travaillé, ses anciens éducateurs se montrant plutôt surpris de le voir désigné capitaine : « A l’époque, ce n’était pas quelqu’un qui venait à la pêche aux infos. Il était plutôt discret dans le vestiaire et très respectueux du travail de ses formateurs. Son brassard aujourd’hui, c’est donc la preuve qu’il a beaucoup évolué. » se souvenait Armand Garrido sur le site du quotidien 20 Minutes. « Contre West Ham, il l’a défendu comme vous l’avez vu, avec fierté et engagement. Je suis vraiment heureux de le voir jouer. Il agit toujours de cette façon dans le vestiaire, pas seulement dans ce match. Il est toujours prêt à aider, c’est dans sa nature. Il n’est pas égoïste. Il est heureux quand les autres s’améliorent, c’est comme ça qu’il est. » félicitait Mikel Arteta à propos de Lacazette après une victoire contre les Hammers (2-0) la saison dernière. Le coach espagnol s’apprête alors à désigné son buteur français capitaine, Aubameyang étant en partance pour le Barça. Les qualités évoquées par Arteta ont d’ailleurs été confirmées par Folarin Balogun sur Prime Video, baby Gunner prêté à Reims cette saison : « C’est un très grand joueur. Il m’aidait toujours quand j’étais à Arsenal. Il essayait de me faire progresser. Il me donnait des conseils, m’apprenait des gestes. On a discuté de la Ligue 1, il me disait : ‘Vas-y, tu vas faire tes preuves là-bas.’ Peut-être qu’il devrait devenir agent… »

En Angleterre, Lacazette devient moins décisif et plus altruiste. La philosophie de possession de balle prônée par les Gunners oblige l’international français (16 sélections, 3 buts) à régulièrement dézoner. Il doit donc se coltiner les rugueux défenseurs de Premier League. « Ça n’a pas été simple pour lui, là-bas », indiquait Gilles Grimandi au quotidien Le Monde. « Il a mûri, étoffé son jeu. Physiquement, ce n’est plus le même, il est bien plus résistant au duel. Et puis, quand vous partez à l’étranger, vous êtes un autre homme en revenant !  ». C’est sur cet homme nouveau que devra impérativement s’appuyer Laurent Blanc.

Un phare dans la nuit

« Alexandre vient d’un très grand club, d’un très grand championnat, il va nous aider avec son expérience à l’étranger, pour encadrer aussi nos jeunes joueurs jeunes. Il va nous faire beaucoup de bien ». Au moment d’introniser son nouveau capitaine l’été dernier, Peter Bosz semble sûr de son choix. Il souligne notamment les qualités humaines de son attaquant, en mettant en avant son naturel, sa capacité à dire les choses mais aussi à être écouté. Un choix que commençait d’ailleurs à remettre en cause il y a quinze jours un certain Sidney Govou dans l’Équipe : « Lacazette, je l’adore comme joueur, c’est un très bon leader technique sur le terrain mais pas certain que ce soit le genre à aller au clash ou à mener le vestiaire. Il est plutôt taiseux. Il y a trop de choses qui marchent à l’envers. » Les supporters lyonnais ont forcément été surpris de cette déclaration, eux qui ont pu observé leur numéro 10 s’égosiller lors de tous les matchs depuis le début de saison, malgré une saleté de polype aux cordes vocales.

Sur le terrain en tout cas, Alexandre Lacazette ne déçoit pas depuis son retour dans la capitale des Gaules. Déjà auteur de 6 buts en 11 matchs, le capitaine des Gones est l’arbre qui cache la pâle forêt lyonnaise depuis le début de saison. Concernant sa supposée incapacité à aller au clash, le capitaine de l’OL a finalement donné tort à Govou. Agacé par la nouvelle contre-performance de son équipe face à Toulouse (1-1), il désavoue publiquement Peter Bosz devant les médias : « Est-ce que la philosophie du coach passe ? (…) En tout cas, quand on voit le match ce soir, je ne pense pas que tout soit clair pour tout le monde, c’est ça qui est dommage. Si je veux qu’il reste coach de l’OL ? Moi, je veux gagner des matchs, après, c’est au board de décider. Je suis là pour jouer, je me donne à fond pour les couleurs et pour le club, je veux juste gagner des matchs. » Le numéro 10 de l’OL ne s’arrête pas là, indiquant également avoir été surpris par la sortie de Moussa Dembélé, alors que l’OL cherchait à inscrire le but de la victoire. Cette association avec le meilleur buteur de l’OL de la saison dernière (23 buts), Lacazette l’affectionne tout particulièrement, bien que le coach Batave n’y semble pas vraiment favorable. « J’ai un joueur devant moi, j’ai moins cette responsabilité de marquer et je peux créer le jeu et me déplacer. Cela me plaît d’être associé avec Moussa Dembélé, il me rappelle Bafé Gomis, à mes débuts. »

Arrivé à Lyon il y a trois semaines, Laurent Blanc, lui, n’a pas tergiversé au moment de constituer sa paire de buteurs. A l’aise dans son 5-3-2, le tandem se montre complémentaire et très utile dans le pressing. Malheureusement, ce nouveau duo d’attaquants ne devrait pas sévir sur les pelouses de Ligue 1 au-delà de la saison en cours. En fin de contrat, les probabilités de voir Dembélé quitter l’OL en juin prochain sont considérables. Souvent annoncé en Angleterre, il pourra toujours demander à son capitaine les clés pour s’adapter au meilleur championnat du monde.

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