Vente de l’OL : chronologie d’une opération interminable

Toutes les parties « se sont mises d’accord sur i) la fixation de la nouvelle date de réalisation de l’opération au 17 novembre 2022 et (ii) les étapes intermédiaires pour la signature de la documentation finale de financement en dette et en fonds propre (ces étapes ouvrant droit à résiliation (sans préjudice des autres droits) aux bénéfices de Pathé, IDG, Holnest et OL Groupe si l’une des étapes n’était pas rélisée). » Par ce communiqué du 24 octobre, OL Groupe annonçait la semaine dernière un nouveau report de la vente du club à Eagle Football, groupe contrôlé par le milliardaire américain John Textor. Annoncée pour le 30 septembre, puis pour le 21 octobre, l’opération financière s’apparente de plus en plus à un serpent de mer. En effet, le futur actionnaire principal de l’OL peine à apporter toutes les pièces permettant de finaliser ce dossier complexe. Pour tous les supporters perdus et inquiets, Capitaine Lyon fait le point sur les différentes étapes de la vente de l’Olympique lyonnais à John Textor (57 ans).

9 mars 2022: Pathé et IDG annoncent leurs intentions de mettre les voiles

Alors que l’OL s’apprête à disputer un 8ème de finale d’Europa League face au FC Porto (1-0), deux actionnaires historiques de l’OL choisissent ce 9 mars pour rédiger un communiqué commun au ton laconique, mais aux conséquences historiques pour le club : « Pathé et IDG Capital, partenaires de l’Olympique Lyonnais ont décidé d’engager Raine, banque d’investissement spécialisée dans le secteur des médias et du sport, en vue d’évaluer leurs options stratégiques et financières concernant leurs participations respectives dans le club. » En clair, l’OL est à vendre. Les deux actionnaires aux velléités de départ détenant environ 40 % des actions, celui qui les acquerra deviendra l’actionnaire majoritaire du club devant Jean-Michel Aulas et ses 28 %. C’est donc une sacrée page de son histoire que l’Olympique lyonnais s’apprête à tourner, et JMA souhaite laisser son club de toujours entre de bonnes mains. Le choix de la banque Raine par les deux actionnaires sortants doit d’ailleurs être observé sous cet angle : il s’agit par exemple de la banque mandatée pour la vente du Chelsea de Roman Abramovitch.

20 juin 2022 : John Textor en pôle

Au cours du printemps, la banque d’affaires Raine entreprend des négociations avec différents groupes, pour la plupart américains. Au mois de juin, John Textor l’emporte, notamment parce qu’il respecte à la lettre le cahier des charges fixé par OL Groupe. Celui-ci prévoit notamment le maintien de Jean-Michel Aulas au poste de PDG pour une durée de 3 ans minimum. L’homme d’affaires américain est loin d’être un novice dans le monde du football : il est déjà propriétaire de Botafogo (Brésil) et du RWD Molenbeek (Belgique), tout en détenant 40% des parts de Crystal Palace depuis août 2021. Souhaitant s’implanter en France, 90 % des parts du club lui sont promises via une offre publique d’achat (OPA) sur les petites actions.

21 juin 2022 : l’OL présente son futur propriétaire

« Le premier point qui nous a rapproché était de mettre le football au cœur de notre développement futur. Faire en sorte de retrouver de l’ambition pour toutes les équipes. Le deuxième point, c’était de faire une offre qui correspondait aux vendeurs et ça a été le cas. John va reprendre les actions de deux vendeurs, personnellement je prendrai aussi part au rachat de ces actions. Le troisième point était de souscrire à une augmentation de capital de 86 millions d’euros qui sera consacrée en grande partie au recrutement. Le quatrième objectif était de s’inscrire dans une relation qui a fait le succès d’OL Groupe, que je puisse rester. » Avec le sentiment du devoir presque accompli, Jean-Michel Aulas est particulièrement fier en ce premier jour d’été. Le président de l’OL présente celui qui lui succédera en tant qu’actionnaire majoritaire… Mais qui lui laisse les mains libres quant à sa gestion quotidienne. « Depuis le début John a souhaité que je reste. Ce n’était pas une obligation absolue, mais c’était un souhait de l’ensemble des fans et aussi des équipes de direction. » De son côté, John Textor adopte un discours séduisant en se présentant comme un « bâtisseur », et non un « investisseur ». Celui qui dispose d’origines françaises par sa mère (sans parler la langue) se permet même de troller le PSG version QSI. « Je n’aime pas les projets comme le PSG. Si on continue à faire ce que fait Jean-Michel depuis quelques années et qu’on y amène du divertissement et de la technologie on va pouvoir gagner plus d’argent qu’avec un investisseur qatari. » Concernant le financement du rachat, Textor se montre très rassurant en indiquant qu’il ne s’endettera pas pour investir entre Rhône et Saône : « Je n’ai pas de dettes dans ma vie. On a nous demandé de nous assurer qu’on avait les fonds nécessaires. Il n’y a pas de prêteurs. On a les reins solides, nous finançons avec nos capitaux propres. » Le milliardaire américain annonce même une augmentation du capital de 86 millions d’euros répartis comme suit : 40 millions d’euros consacrés au renforcement des équipes professionnelles masculine et féminine, 29 millions au remboursement à court et moyen terme des titres et des obligations de relance liées au financement de la LDLC Arena (salle multi-fonctions construite au sein d’OL Vallée qui sera notamment utilisée par l’ASVEL) et environ 17 millions à l’aménagement et à l’investissement d’infrastructures.

29 juillet 2022: la vente s’accélère… Puis ralentit

Réunis en assemblée générale, les principaux actionnaires d’OL Groupe valident les négociations exclusives avec John Textor. L’ensemble des parties se mettent d’accord oralement sur une finalisation de la vente au 30 septembre. Le processus s’engage sur une vente à 800 millions d’euros : 468 M€ pour récupérer les parts des actionnaires, augmenter le capital et abaisser la dette (afin de rassurer les banques), 330 M€ pour racheter les dettes.

Néanmoins, c’est également au cours de l’été qu’un premier grain de sable va venir enrayer la machine financière. Bill Foley, proche de Textor et l’un de ses deux partenaires prévus avec Jamie Salter dans le cadre du rachat de l’OL, sort de la table des négociations. Il n’apporte pas les garanties nécessaires auprès des 13 banques qui détiennent la dette de l’OL. Il est remplacé par Ares Management, grand groupe financier américain, fort de 334 milliards de dollars d’actifs.

30 septembre 2022: le premier report

Alors que la date d’officialisation de la vente du club approche à grands pas, John Textor assiste à son premier match au Groupama Stadium face au PSG (0-1) le 18 septembre. Pourtant, le jour de la date butoir, OL Groupe annonce le report de la transaction. En cause : des pièces supplémentaires sont réclamées afin de boucler ce dossier complexe. L’une des banques créancières a demandé le remboursement de sa part, là où les douze autres laissaient leur dette au futur actionnaire Eagle Football. Pour la première fois, les supporters lyonnais commencent à se poser des questions et espèrent ne pas voir se présenter le nouveau Jack Kachkar (homme d’affaires canadien qui était sur le point de racheter l’OM en 2007 avant de se raviser). Pour les rassurer, le président Aulas fait le choix d’accorder un long entretien au quotidien L’Équipe : « D’abord, il ne faut pas laisser penser que les choses pourraient ne pas se faire. L’accord signé est un accord ferme sans condition suspensive depuis le début. Il y avait une date limite, le 30 septembre, et on entre dans les derniers jours mais rien ne suscite d’interrogations. Ce qui est gênant, c’est que la Bourse, depuis les articles de L’Équipe, a baissé et ça ne se justifie pas. Je suis confiant car le deal est déjà signé. » OL Groupe annonce une nouvelle échéance fixée au 21 octobre.

19 octobre 2022: action en bourse suspendue, Textor rassure les fans

Il s’agit d’un processus courant dans le cadre du rachat de sociétés cotées en bourse. Afin que les dernières négociations se déroulent dans un climat serein, l’action en bourse n’est plus cotée. Soucieux de rassurer les fans de l’OL, John Textor s’adresse directement à eux via une lettre publiée sur son site : « Je comprends que l’achèvement de notre acquisition de votre club de football bien-aimé prenne une période de temps insupportablement longue. (…) Comme nous sommes maintenant très proches de la conclusion, sachez que nous avons tout fait pour surmonter tous les défis habituels de cette transaction aussi efficacement que possible. Cela peut sembler long en termes de football, mais le délai de clôture que nous connaissons est en fait tout à fait normal pour les acquisitions de clubs sportifs et autres acquisitions complexes. » Pour autant, rien n’indique que le « closing » se réalisera comme prévu le 21 octobre.

21 octobre 2022 : jamais deux sans trois

Comme pressenti par les observateurs, un communiqué conjoint d’OL Groupe vient annoncer un nouveau report de la vente de l’Olympique lyonnais : « Pathé, IDG Capital et Holnest, OL Groupe et Eagle Football se sont mis d’accord sur la fixation de la nouvelle date de réalisation de l’opération au 17 novembre 2022 et les étapes intermédiaires pour la signature de la documentation finale de financement en dette et en fonds propres. » La holding qui détient l’OL justifie ce nouveau report par la nécessité d’obtenir des documents indispensables à la finalisation de l’opération, les autorisations nécessaires et les besoins de vérification des créanciers de l’OL concernant la solidité financière de leurs nouveaux clients. Si OL Groupe note bien « des progrès substantiels (…) sur toutes les étapes », les observateurs n’ont pas manqué de noter une information jamais apparue jusqu’à présent : le droit à une résiliation au bénéfice des actionnaires vendeurs si toutes les étapes prévues d’ici le 17 septembre ne sont pas respectées par Eagle Football. Une manière diplomatique de mettre la pression sur John Textor et ses ouailles.

26 octobre 2022 : l’optimisme règne à nouveau

Selon le quotidien l’Équipe, un pas décisif dans le processus de vente de l’OL a été effectué il y a une semaine. John Textor aurait fourni un justificatif signé de son accord avec Ares Management, le fonds d’investissement qui doit assurer une grande partie du financement de l’opération. Selon des sources proches du dossier, le processus serait donc à nouveau en bonne voie, permettant ainsi au club rhodanien de retrouver un semblant de sérénité en attendant l’officialisation de la vente.

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