Laurent Gris

Cinq matchs (dont trois à l’extérieur) pour deux victoires, un nul et deux défaites. Alors que beaucoup de supporters lyonnais se léchaient les babines en voyant l’ancien entraîneur du PSG prendre les commandes de leur club favori, la tendance du premier bilan de Laurent Blanc (56 ans) sur le banc de l’OL est plutôt à la déception. Si en un mois, il a indéniablement apporté une patte nouvelle du côté du Groupama OL Training Center, des défaillances récurrentes refont surface. La trêve offerte par la Coupe du Monde 2022 apparaît certainement comme une bonne opportunité, tant pour Blanc que pour le club dans son ensemble. L’ancien sélectionneur des Bleus dispose d’un mois pour apporter les retouches qu’il souhaite dans le fonctionnement de son groupe, tout en ayant conscience que son effectif ne sera pas révolutionné par le mercato d’hiver. Capitaine Lyon revient sur le premier mois de Laurent Blanc sur le banc de l’OL.

Venu à Lyon avec des idées

« J’ai des axes de travail. (…) Je pense que les joueurs vont être surpris, parce qu’il va y avoir une somme de travail assez importante d’ici le 13 novembre. Et après, il y aura un travail encore plus important en terme de préparation. Il faut une préparation athlétique de très haut niveau pour mettre en place le jeu que je veux préconiser pour cette équipe. » Dès sa conférence de presse de présentation, Laurent Blanc avait prévenu son monde : fin de la récréation du côté du Groupama Stadium et place au travail, avec un objectif peu ambitieux mais prioritaire : « C’est surtout améliorer les résultats, dans un premier temps. Ensuite, il y aura une trêve hivernale. »

Pour ramener l’OL vers le haut du classement, l’ancien sélectionneur des Bleus (2010-2012) est arrivé avec un plan bien précis en tête : redistribuer les cartes au sein de son effectif et faire primer l’expérience. Que ce soit en raison de leur situation contractuelle ou de la médiocrité de leurs performances récentes, Houssem Aouar (24 ans), Moussa Dembélé (26 ans) et Jérôme Boateng (34 ans) étaient partis pour peu ou pas jouer sous Peter Bosz. C’est justement sur ces trois joueurs d’expérience que Blanc veut s’appuyer pour sortir Lyon de la crise. «Le contexte est particulier, difficile. Les jeunes joueurs sont très talentueux, certes. Ils auront leur mot à dire. Mais je ne vous cache pas que les joueurs expérimentés seront ceux qui vont être déterminants pour l’avenir de la saison de l’OL. » La réintégration de Boateng lui a également permis de replacer Thiago Mendes (30 ans) dans l’axe du terrain, sa place de prédilection.

Une fois ces premières décisions capitales prises, l’ancien entraîneur du PSG s’est attelé à chercher un système lui permettant de tirer un maximum profit de son effectif. S’il a bien mis un terme au 4-3-3 cher à Peter Bosz, Laurent Blanc s’est montré plutôt ouvert tactiquement : « Je suis de ceux qui pensent qu’il faut bien jauger l’effectif que nous avons, les forces, les faiblesses. En fonction de ça, c’est à moi et mon staff de s’adapter. Si vous n’avez pas les éléments pour jouer dans votre système, qu’est-ce que vous faîtes ? A moi de mettre en place un bloc-équipe solide qui ramènera des points. » C’est en recherchant cette solidité que le natif d’Alès a d’abord choisi d’installer un 3-5-2 lors des premiers déplacements périlleux à Rennes (2-3) et Montpellier (2-1). Puis, lorsque des occasions se sont présentées de jouer plus offensif, notamment à domicile (Lille et Nice), Blanc s’est également essayé au 4-4-2 avec ailiers. Ce système lui permet notamment d’intégrer Karl Toko-Ekambi (30 ans) et Tetê (22 ans), grands perdants du départ de Bosz et de son 4-3-3. Ce dernier dispositif, Blanc aimerait beaucoup l’utiliser entre Rhône et Saône, mais il sait qu’il est conditionné à l’existence d’une condition physique irréprochable de ses joueurs.

« Je pense que les joueurs doivent être en meilleure forme physique car quand on veut joueur au football d’une certaine manière il faut être en bonne forme physique. Ce qui n’est peut-être pas le cas aujourd’hui. » indiquait le coach de l’OL après son premier entraînement. Un manque de condition que son staff et lui s’efforcent à gommer semaine après semaine. « C’est intéressant, on a très très bien travaillé cette semaine ensemble. Ils sont en train de comprendre notre façon de vouloir travailler, ça se passe de mieux en mieux. L’équipe répond vraiment beaucoup à ce qu’on recherche. Dans l’efficacité athlétique, physique, c’est mieux. » Radieux après sa première victoire arrachée sur la pelouse de Montpellier, Laurent Blanc ne sait pas encore que les matchs à venir vont lui donner une alerte sur le chemin à parcourir pour ramener Lyon à un rang digne de son standing.

Les stigmates du passé

« Mon équipe est en période de doute, même si elle a retrouvé de la confiance. On peut et on doit faire mieux. On va y arriver. Il va falloir travailler beaucoup, et on va avoir du temps pendant la trêve pour cela. On est en progrès. Si on gagne nos matchs à domicile, ce sera une bonne chose. Il faudra réaliser une deuxième partie de saison très bonne. » Devant le discours franc et lucide de leur coach après le match nul de vendredi dernier face à Nice (1-1), les supporters lyonnais se rendent à l’évidence : Blanc n’allait pas révolutionner l’OL en cinq matchs.

Néanmoins, certains espéraient voir disparaître cette incapacité à tenir le rythme sur 90 minutes, un mal lyonnais qui persiste depuis plusieurs saisons. « Venir ici et faire une seule période, forcément c’est dur de prendre des points » analysait froidement Blanc après la défaite des siens à Marseille (1-0). Une rencontre au cours de laquelle de vieux démons ont refait surface. Totalement étouffés par le pressing des Marseillais, les Gones ne parviennent à cadrer qu’un seul tir au cours du match. Difficile d’espérer mieux lorsque la justesse technique n’est pas au rendez-vous. « Dans l’utilisation du ballon, on est trop médiocres. Quand on a récupéré le ballon, on a fait que des mauvais choix. » jugeait un Laurent Blanc qui n’a pas manqué l’occasion d’ouspiller ses joueurs à l’issue de cet Olympico. Ce mauvais résultat en terres marseillaises ravive également une autre difficulté lyonnaise récurrente : cette incapacité chronique à inverser une rencontre mal engagée. Le site Olympique & Lyonnais rappelait récemment cette statistique affligeante : sur les 15 derniers matchs où il a été mené en Ligue 1, Lyon n’a jamais réussi à gagner (11 défaites pour 4 nuls).

Et lorsque l’OL gagne, c’est mieux ? Pas tant que ça, malheureusement. Les deux victoires obtenues sous la houlette du Cévénol l’ont été dans la difficulté. Que ce soit à Montpellier (2-1) ou lors de la réception de Lille (1-0), les deux rencontres auraient largement pu basculer du mauvais côté pour l’OL. Et malgré les nouveautés tactiques, Lyon est loin de séduire dans le jeu. « Je suis déçu par les débuts de l’OL avec Laurent Blanc, car Laurent Blanc c’était l’assurance d’une certaine qualité de jeu. Et y compris lors de deux victoires de Lyon je n’ai pas vu cela. Contre Lille, ils se font massacrer, mais finalement ils gagnent, mais c’était un hold-up. Contre l’OM ils récoltent ce qu’ils ont semé et je ne vois pas le moindre début de progression. Le jeu est toujours aussi indigent, il n’y a aucun effet Laurent Blanc sur le jeu lyonnais, il n’y a eu aucun électrochoc » s’énervait Dave Apadoo sur La Chaîne l’Équipe la semaine dernière. L’ancien sélectionneur doit donc profiter de la trêve d’un mois qui se profile avec la Coupe du Monde 2022 (Toko-Ekambi et Tagliafico seront les deux seuls Lyonnais à la disputer) pour faire infuser ses méthodes, et conserver le soutien des joueurs et des supporters.

Un mois pour tout changer ?

« Je pense qu’il faut renforcer le groupe mais on fera la saison avec 90 % de cet effectif, c’est la réalité. Il faudrait amener un peu d’expérience. Nous avons joué cinq matchs avec moi, dont trois à l’extérieur. Nous avons pris sept points. Ce n’est pas extraordinaire. Mais nous progressons (…) Ce groupe est jeune, de qualité, mais il lui faut un peu d’expérience. » Présent en conférence de presse après le dernier match de l’OL face à Nice, Blanc profite de l’occasion pour faire passer un message à sa direction : il attend au moins un renfort défensif d’expérience cet hiver. Son statut d’ancien joueur international ayant mis un terme à sa carrière à Manchester United à presque 38 ans n’y est certainement pas étranger. « Quand je regarde le match de Dante aujourd’hui, je me dis qu’un joueur de 39 ans peut apporter dans des matches comme ça. » prenait-il en exemple après la rencontre vendredi. Si aucun nom n’a fuité jusqu’à présent, nul doute que la cellule de recrutement est déjà très active sur le dossier, en sachant qu’une belle enveloppe aurait été promise à Blanc pour le mercato, une fois que le rachat du club par John Textor sera acté.

Pendant la Coupe du monde au Qatar, le coach rhodanien pourra également effectuer une revue d’effectif et sélectionner un nombre de joueurs plus restreint sur lequel il pourra s’appuyer jusqu’à la fin de la saison. En raison d’un trop faible nombre de ventes l’été dernier, l’OL a conservé un effectif bien trop fourni pour une saison sans coupe d’Europe. Des joueurs comme Damien Da Silva (34 ans), Henrique (28 ans), Karl Toko-Ekambi (30 ans) voire Romain Faivre (24 ans) ont peut-être tout intérêt à se trouver un club dès cet hiver, s’ils souhaitent jouer régulièrement lors de la deuxième partie de saison. De leur côté, les jeunes espoirs du club comme Saël Kumbedi (17 ans), Bradley Barcola (20 ans) ou Johann Lepenant (20 ans) devraient retrouver un temps de jeu plus conforme à leur statut d’espoir en devenir.

Et c’est avec ce groupe restreint que Laurent Blanc va devoir commencer à figer une tactique préférentielle. Les deux dernières sorties de l’OL (un nul et une défaite) laissent à penser que les joueurs à disposition ne lui permettent pas d’installer un 4-4-2 solide. La meilleure option pour correspondre à sa volonté de construire un bloc-équipe difficile à bouger reste une composition à trois défenseurs centraux. Elle a l’avantage de libérer en partie les latéraux des tâches défensives, leur permettant de venir créer le surnombre en attaque.

Afin de fluidifier sa construction du jeu, Lyon aurait également tout intérêt à recruter la sentinelle jamais obtenue par Peter Bosz. En plus de ce non-recrutement, l’OL a perdu en un an ses deux meilleurs milieux de terrain (certains diront même ses deux meilleurs joueurs), les Brésiliens Bruno Guimarães (Newcastle) et Lucas Paquetá (West Ham). Le manque de créativité et de justesse technique est certainement la chose qui désolent le plus les supporters de l’OL ces dernières semaines. On peut prendre des buts, on peut rater des occasions, on peut faire des erreurs… Mais au moins, donnez-nous des raisons d’espérer !

Crédit photo : Jean-François Monier (AFP)

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