La Kop est pleine

« Où est la fierté de porter le maillot lyonnais? Où est l’orgueil nécessaire à la réussite? Où sont les valeurs de travail, d’abnégation, de solidarité qui fondent une véritable équipe? » Mercredi dernier, les Bad Gones et Lyon 1950 ont jeté un énorme pavé dans la marre lyonnaise. Si tout le monde a fait semblant de croire que le mois de Coupe du Monde avait été favorable à Laurent Blanc pour imprimer son style à un effectif où seuls deux joueurs manquaient à l’appel, les vieux démons lyonnais ont refait surface dès le jour de l’An face à un Clermont méritant (0-1). Le communiqué des Ultras marque un tournant dans leur relation avec la direction actuelle de l’Olympique lyonnais. S’ils clament qu’ils chanteront bien pour le blason dans les semaines à venir, ils menacent également dirigeants comme joueurs de prises à partie individuelles, afin de pointer du doigt ceux qu’ils estiment responsables du déclin du club. Capitaine Lyon décrypte pour vous, dans un désordre volontaire, le communiqué cinglant des deux Virages du Groupama Stadium. Pour eux, la Kop est pleine.

« Aujourd’hui quid du projet vendu par les décideurs sportifs (ADN lyonnais, recrutement de joueurs qui devaient amener expérience, caractère, leadership…) ? »

« Revenir aux valeurs du club, revenir à une identité OL, prendre tout ce qu’il faut pour reconstruire un état d’esprit conquérant. » Le 10 mai 2022, après une saison terminée à une décevante 8ème place, Jean-Michel Aulas prend la plume pour s’adresser aux supporters lyonnais dans une lettre ouverte. Bien conscient que les résultats obtenus par l’équipe de Peter Bosz sont largement insuffisants, le président lyonnais affirme sa volonté de se racheter dès la saison suivante (celle en cours) : « Nous devons faire face à nos erreurs pour ne plus les reproduire, sans nous cacher ou nous trouver des excuses. »

Afin de joindre les actes à la parole, l’OL annonce dès le mois de juin le retour d’Alexandre Lacazette, Gone du 8ème. Pour le faire revenir d’Angleterre, les dirigeants ont promis de confier les clés du camion lyonnais à celui qui a porté le numéro 91 dans un premier temps. Peter Bosz le désigne très rapidement capitaine de son effectif, et l’ancien Gunner ne tarde pas à se montrer décisif. Buteur sur penalty (coucou les rageux) dès la 1ère journée face à Ajaccio (2-1), le numéro 10 de l’OL a enchaîné les bonnes performances depuis son retour. Avec 10 buts et 4 passes décisives, il est de loin le joueur lyonnais le plus décisif depuis le début de saison.

Dans la foulée de la signature de Lacazette, l’OL annonce fièrement la prolongation d’Anthony Lopes, indéboulonnable gardien de l’OL depuis 2013 et qui a fait ses classes au Virage Nord. « J’ai fait mon travail de l’ombre avec Alex Lacazette pour son retour. On va démarrer une nouvelle histoire ensemble. On est très proches tous les deux. On a le cœur rouge et bleu. »  Celui qui envisage à nouveau de finir sa carrière au club revient de loin, ses performances ayant poussé les dirigeants à envisager un temps son remplacement par André Onana (Inter de Milan) notamment. « Je devais me remettre la tête à l’endroit cette saison. » Requinqué par cette confiance renouvelée, le natif de Givors redevient l’un des meilleurs gardiens de L1. Malgré une moyenne d’un but encaissé par match (14 en 14 journées en championnat), le portier des Gones s’est montré plusieurs fois décisif, tant cette saison que la précédente. Cette année, tout le monde se souvient de sa « masterclass » face au LOSC au Groupama Stadium (1-0). Mis en difficultés par des Lillois conquérants, les Lyonnais s’en remettent aux cinq arrêts de leur gardien pour permettre à Laurent Blanc de glaner ses trois premiers points à domicile.

Puis le premier jour du mois de juillet, c’est le Tararien Corentin Tolisso qui décide de rentrer au bercail. « C’est quelque chose de bien pour moi, pour un objectif personnel aussi, qui est d’aller à la Coupe du monde. » Si cette intention peut sembler très éloignée de la réalité aujourd’hui, c’était bien avec la volonté d’aller au Qatar que Corentin Tolisso acceptait le challenge lyonnais l’été dernier. « Quand j’ai parlé avec l’OL, le projet et l’ambition du club m’ont tout de suite plu. Bien sûr que j’ai envie de jouer la Ligue des champions et j’espère le faire dès la saison prochaine. C’est le challenge de plus à faire avec l’OL: aller chercher cette qualification en Ligue des champions dès cette année. » s’emballait même celui qui a rempli son armoire à trophées au Bayern Munich (5 championnats et 1 coupe d’Allemagne, une C1) pendant cinq saisons. Malgré l’euphorie ambiante, certains supporters s’interrogent tout de même sur la condition physique du milieu relayeur. Bien que « Coco » ait toujours obtenu la confiance de ses entraîneurs en Allemagne, ils ne pouvaient l’aligner uniquement lorsque celui-ci était disponible. Absent 7 mois après s’être fait les croisés en 2018-2019, ce sont les ligaments de sa cheville qui le lâchent la saison suivante. Il manque quatre mois de compétitions supplémentaires. Malheureusement pour le champion du monde 2018, le karma ne semble pas l’avoir quitté depuis qu’il a retrouvé son club formateur. « Malheureusement, je me retrouve une nouvelle fois blessé, mais je ne lâcherais pas et n’abandonnerait jamais. C’est la dure loi du sport ! Je vais continuer de travailler dur avec le staff de l’OL pour revenir le plus rapidement possible et être de nouveau à 100%. » philosophait l’ancien Bavarois sur les réseaux en octobre dernier. Victime d’une élongation musculaire, l’international français (28 sélections) ne réapparaît quasiment plus jusqu’au Mondial et n’a pour l’instant pas pu jouer le rôle de leader que l’OL comptait lui confier.

Si on associe les trois Gones à la dernière fournée du centre de formation (Lukeba, Gusto, Cherki), il est difficile d’affirmer que les dirigeants n’ont pas tenu parole au moment d’annoncer la nouvelle direction qu’ils souhaitaient donner au club, à savoir compter sur des joueurs qui ont un amour viscéral de l’OL pour redresser le club. Pourtant, cette volonté de tout donner pour l’équipe aimée n’infuse pas dans l’ensemble de l’effectif de Laurent Blanc.

« Quatre changements d’entraîneurs depuis 2019 ne semblent pas non avoir d’effet sur l’investissement, la motivation, le jeu, l’esprit d’équipe. A part de rares fulgurances, le collectif lyonnais se cherche toujours sans qu’aucune individualité ne le sauve. Pourtant les conditions sont paraît-il optimum, que ce soit pour l’entraînement, l’environnement protégé, un stade ultra moderne, des conditions salariales confortables. L’OL est un grand Club… sauf sur le terrain où évolue une équipe de milieu de tableau de Ligue 1. »

« Il faut plus, il faut ajouter cette combativité et cette envie sur un match entier pour avoir des résultats. On a montré qu’on pouvait le faire et se battre à fond pour avoir des résultats en notre faveur. » Pour un supporter lyonnais, il est difficile de deviner si cette déclaration d’après-match de Maxence Caqueret date de l’époque Sylvinho, Garcia, Bosz ou Blanc (la réponse est Bosz). Cela en dit long sur l’apathie qui a infiltré les entrailles du club depuis plusieurs saisons déjà. Un temps réputé pour être incapable de tenir un résultat, l’OL s’est transformé en club impuissant devant la difficulté.

En novembre 2022, nos confrères du site Olympique & Lyonnais sortaient cette incroyable statistique : à l’époque, sur les 15 derniers matchs où il a été mené en Ligue 1, Lyon ne réussissait jamais à gagner. Son bilan était de 11 défaites pour 4 nuls. Une incapacité à inverser la tendance qui traduit un mental pour le moins défaillant. « Le mental, ce n’est pas quelque chose que tu as du jour au lendemain. Quand tu es joueur, tu travailles ton physique, tu travailles la technique, mais tu dois aussi travailler ton mental. Et pour le coup, cette équipe de l’OL est défaillante mentalement. Tu dois avoir des joueurs sur le terrain qui poussent les autres à aller de l’avant, à faire des efforts… Une équipe de foot, c’est un mixte de tout. Il faut des joueurs techniques, mais il faut également des joueurs forts dans la tête. Et mentalement, on n’a pas un ou deux joueurs capables d’entraîner les autres. Cela va devenir un problème à terme » s’alarmait déjà Sidney Govou sur le plateau de l’émission Tant qu’il y aura des Gones en novembre 2019.

Et comme l’affirment les deux principaux clubs de supporters, les conditions confortables, dans lesquelles travaillent quotidiennement les joueurs, sont régulièrement mises en avant par les représentants de l’institution. « Le club a beaucoup changé. Nous étions à Gerland. Les infrastructures ont évolué de manière incroyable, de manière très positive. C’est presque comme à Liverpool. » s’emballait par exemple Dejan Lovren, autre ancien de retour cet hiver. « Je n’ai pas oublié Gerland, mais je trouve que la transition a été bien faite. Le nouveau stade est tellement bien conçu, que c’est une force supplémentaire pour l’équipe. C’est pour ça qu’on est ambitieux, qu’on a envie d’aller très haut. Je pense que si on avait eu ce stade à la période glorieuse du club, peut-être que l’histoire européenne aurait été différente. » s’exaltait de son côté Bruno Genesio en février 2019. Selon les dires, l’OL dispose donc d’installations idéales pour pouvoir se concentrer pleinement sur le sportif.

Point de vue rémunération, les joueurs sont loin d’être à plaindre puisque l’OL disposait l’année dernière de la deuxième masse salariale de Ligue 1 (134,1 M€) selon le site de 20 Minutes. Pourtant, l’OL est une équipe du ventre mou du championnat depuis deux ans.

« Qui apporte une plus-value dans la direction sportive, si tant est qu’il y ait une stratégie au-delà de revendre au meilleur prix les rares joueurs de valeur pour les remplacer par des échecs? Qui aujourd’hui possède la légitimité pour rappeler leurs devoirs aux joueurs vis-à-vis de leur employeur et de leur public? »

Observant une récurrente apathie chaque week-end sur les pelouses de L1, les Bad Gones et Lyon 1950 se tournent légitimement vers le staff et la direction. Mais malgré des résultats globalement décevants, il ne faut pas oublier que l’OL a suscité des espoirs ces quatre dernières années. Avec un Lucas Paquetá au top de sa forme, les supporters lyonnais se surprennent même à rêver au glorieux passé lors de la saison 2020-2021. En décembre, grâce à un but de Tino Kadewere, les Gones s’imposent sur la pelouse du PSG (1-0), et s’emparent de la première place du championnat. Plusieurs observateurs se mouillent en déclarant que, emmené par son génial tandem auriverde Paquetá-Guimarães, l’OL est tout à fait capable de jouer les trouble-fêtes jusqu’au bout. C’était sans compter sur la pathétique relation entre Rudi Garcia (l’entraîneur) et Juninho (le directeur sportif) qui va définitivement pourrir la deuxième partie de saison lyonnaise, conclue à la 4ème place.

Garcia non prolongé à l’été 2021 et Juninho poussé vers la sortie l’hiver suivant, l’Olympique lyonnais décide de renouveler son staff. L’ancien Marseillais est remplacé par Peter Bosz, second choix après Galtier. L’ancien idole de Gerland est suppléé par Bruno Cheyrou, responsable de la cellule de recrutement depuis 2019. Par leurs choix, ce nouveau tandem va accentuer les maux constatés depuis l’époque Genesio.

A la fin du mercato hivernal 2022, Bruno Guimarães est transféré pour 50M€ à Newcastle, nouveau riche d’Angleterre. Devant le remplacer dans la précipitation, l’OL obtient le prêt d’un joueur ayant explosé entre Rhône et Saône, le génial box-to-box Tanguy Ndombele. Séduisante dans un premier temps, cette solution va rapidement s’avérer être une fausse bonne idée. Symbole de cette équipe manquant de combativité, l’ancien Amiénois ne parvient pas à aider son ancien club à se qualifier pour une compétition européenne.

L’été suivant, c’est du côté de Londres qu’on lorgne la filière brésilienne de l’OL. Encore en fin de mercato, West Ham propose 61,6 M€ pour s’attacher les services de Lucas Paquetá. Les dirigeants lyonnais ayant déjà recruté l’expérimenté Tolisso et la pépite Lepenant, ils ne voient pas l’intérêt de remplacer leur milieu créatif. En plus de ses recrues, Peter Bosz dispose de joueurs cherchant à se relancer tels Houssem Aouar, Romain Faivre ou Jeff Reine-Adelaïde. Mais pour des raisons qui diffèrent, le Batave n’accordera que très peu leur chance à ces trois milieux. Un manque de considération qui a forcément impacté leur implication au club.

Après 5 matchs consécutifs sans victoire entre septembre et octobre, Jean-Michel Aulas n’a d’autres choix que de remplacer Peter Bosz par Laurent Blanc. Un coach qu’il visait déjà alors que son directeur sportif de l’époque lui préféra Rudi Garcia. Ce devoir vis-à-vis de son employeur et de son public, le coach de l’OL l’a bien intégré depuis son arrivée. Au moment de commenter le cinglant communiqué des supporters, Blanc ne cherchait pas à fuir : « Chacun est libre de penser ce qu’il veut. Il n’y a pas qu’une seule pensée. Ils sont en droit de le manifester. On aimerait qu’ils soient derrière le club mais il faut aussi se regarder dans la glace et être droit et juste. A nous de renverser la tendance et on peut le faire. » Il s’agit d’une impérieuse nécessité s’il souhaite disputer la deuxième partie de saison dans un climat moins électrique.

« Il ne sera pas question de boycott dans les semaines et mois à venir. Ce communiqué sera toutefois le point de départ de futures actions ! Et parce que le déclin de l’OL ne peut durer plus longtemps, nous agirons différemment en ciblant les personnes que nous considérons comme étant responsables de cette situation »

Au printemps dernier, dégoûtés par le comportement des joueurs lors de l’élimination face à West-Ham (0-3 au Groupama Stadium lors du match retour), les Bad Gones décident d’annoncer leur boycott du match suivant face à Bordeaux. Un énième coup de gueule exprimé cette fois-ci à l’intention de Jean-Michel Aulas et Vincent Ponsot : « Quand depuis des années, la communication du club n’est faite que d’arbres qui cachent la forêt, de déclarations tonitruantes pour rassurer les actionnaires, il ne faut plus s’étonner que l’âme et l’identité du club se délite en même temps que l’EBITDA et les bilans financiers progressent […] Il est tant que l’amour de l’OL, le club de foot, pas l’entreprise de loisirs cotée en Bourse reprennent le dessus et que nous retrouvions notre âme et notre identité ! ». Les clubs de supporters lyonnais exprimeront à nouveau leur mécontentement en octobre, quelques jours avant le licenciement de Peter Bosz. Par l’intermédiaire de deux banderoles, le Kop Virage Nord s’adresse d’abord à sa direction (« Encore des mots, toujours des mots, les mêmes maux… Je ne sais plus comment te dire« ), avant de s’en prendre à l’ensemble des représentants des couleurs du club. « Grosse ambiances depuis le début de la saison, des parcages pleins loin de la maison. Et si les supporters étaient les seuls garants de l’institution ? ». Dans le communiqué publié mercredi, les Bad Gones et Lyon 1950 indiquent clairement qu’ils vont monter d’un cran, si la barre n’est pas redressée rapidement.

Finis les boycotts, les kops souhaitent laver le linge sale du club en public. Que cela concerne la stratégie portée par les dirigeants ou l’investissement des joueurs sur le pré, les supporters lyonnais ont décidé de s’en prendre ad nominem à ceux qu’ils estiment responsables de la situation du club. Le communiqué cite clairement le tandem Ponsot-Cheyrou et des semaines très délicates l’attend en cas de nouveau faux pas. Et s’attaquer à ces hommes choisis par le président Jean-Michel Aulas reviendra forcément à le critiquer lui, au moins indirectement. A moins que le ras-le-bol soit tel que les clubs de supporters se sentent prêts à en découdre directement avec leur président adulé ?

Du côté de l’effectif, inutile d’être devin pour identifier les joueurs ciblés. Les vieux briscards sans plus value (Boateng, Da Silva), les joueurs semblant désintéressés par la situation du club (Aouar, Toko-Ekambi, Mendes, Dembélé, Faivre ou Reine-Adelaïde) et les espoirs tardant à confirmer (Cherki) devraient être les principales cibles des deux kops. « Les joueurs lyonnais sont surcotés. Le mal est tellement profond qu’il va falloir, à un moment, que Laurent Blanc décide de n’emmener que les joueurs qui ont envie d’aller dans son projet. Les autres doivent être mis de côté. » fusillait Sidney Govou dans les colonnes du Progrès en début de semaine. De leur côté, les supporters n’ont certainement pas l’intention d’abandonner leur club. Comme le dit la célèbre chanson, « c’est notre fierté, de toujours chanter, dans l’adversité, ne jamais lâcher… » NE JAMAIS LÂCHER !

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