Top 10 : Les mal-aimés de l’Olympique lyonnais

Sauf rebondissement de dernière minute, Karl Toko-Ekambi va bien quitter l’OL dès cet hiver, et nous ne sommes pas certains qu’il revienne visiter la Place Bellecour de sitôt. Pris en grippe par ses propres supporters depuis six bons mois maintenant, il entre au panthéon des joueurs n’ayant pas su se faire adopter par l’exigeant public lyonnais. Beauvue qui chambre le Parc OL lors du match inaugural, les rapports conflictuels entre Santini et Vairelles, Toko-Ekambi qui se fait mettre au sol par une poubelle… Capitaine vous propose son top 10 des joueurs passés par l’OL au XXIème siècle, et que les supporters ne regrettent pas.

10. Jérémy Morel (2015-2019)

Les plus cyniques diront que l’international malgache (13 sélections) pouvait s’y attendre. Arrivé librement de Marseille (où il était déjà tête de Turc) à l’été 2015, celui qui débarque à Lyon pour concurrencer Henri Bédimo (un futur Marseillais) était forcément au fait de la rivalité olympienne. Sans surprise, les supporters lyonnais rhodaniens l’attendent au tournant. Peu incisif offensivement, c’est surtout défensivement que le Réunionnais rassure, au cours des 145 matchs qu’il a disputés avec le maillot de l’OL sur les épaules (1 but, lors du fabuleux quart de finale aller d’UEL gagné 4-2 par l’OL face au Beşiktaş JK). Conscient des qualités de son défenseur, Bruno Génésio tente alors de l’installer aux côtés du brésilien Marcelo. Mais les performances ne suivent pas pour le joueur formé à Lorient, et les supporters dégainent rapidement la sulfateuse numérique.

Décevant lors d’une défaite à Caen (2-3) en janvier 2017, Morel est pris à partie de manière très agressive par les supporters lyonnais, qui vont jusqu’à souhaiter le pire au joueur et à sa famille. Choqué, Bruno Génésio n’hésite pas à monter au créneau pour s’indigner de leur comportement : « Pour moi, c’est inadmissible. Il est souvent le bouc émissaire mais sur son investissement et son professionnalisme, je n’ai rien à redire. C’est facile de déverser son venin sur les réseaux, je trouve ça d’une telle ­lâcheté que ça ne sert à rien de rester dessus. Ils ne se rendent pas compte du mal qu’ils font.  » Intelligent, Morel leur répond sans provocation, mais avec une pointe d’ironie : « Pas sûr que souhaiter la mort de ma famille nous fasse gagner. On va miser sur le travail plutôt. Bonne soirée aux cerveaux et allez l’OL. » A l’été 2019, Jérémy Morel quitte l’OL librement, direction le Stade Rennais d’un certain Bruno Génésio. Pas rancunier, il confie retenir uniquement le positif de son aventure lyonnaise. « J’ai passé de très belles années ici. On ne retient que le positif. Je suis satisfait de mon passage à Lyon. J’espère avoir laissé une belle image. J’ai envie de continuer. On a une chance inouïe. », ne croyait pas si bien dire celui qui a pris sa retraite en septembre dernier.

9. Tony Vairelles (1999-2003)

Si l’OL n’a pas hésité à débourser 60 MF pour s’offrir le Lensois Tony Vairelles (deuxième plus gros transfert de l’histoire du club à l’époque), c’est forcément qu’il croyait en lui. Nous sommes alors en plein mercato estival 1999, et la « Formule 1 » que prépare Jean-Michel Aulas pour les années 2000 est sur le point de courir ses premiers grand prix. Faire signer le meilleur ailier français du moment, qui a glané un titre de champion de France et ses premières sélections sous les couleurs du RC Lens, semble tout à fait dans la continuité de la stratégie visionnaire du président lyonnais. « A ce moment-là, Tony cartonnait à Lens, on se disait que ce serait énorme de l’avoir avec nous », se souvenait Grégory Coupet pour Eurosport. Sa première saison à Lyon est plutôt encourageante, notamment en Coupe de l’UEFA (5 buts en 6 matchs). Son entente avec l’autre recrue offensive phare de ce mercato, un certain Sonny Anderson, est très prometteuse. C’était sans compter sur l’intransigeance de Jacques Santini, coach ayant pris la succession de Bernard Lacombe lors de la deuxième saison de Vairelles à l’OL.

En raison d’une promesse non tenue, l’ancien Lensois ne se gêne pas pour traiter son entraîneur de « menteur » dans les médias. Pour le coach lyonnais, réputé assez vieux jeu et plutôt rancunier, la ligne rouge est franchie. « C’est pas tant le fait qu’il ait menti. Mais à l’époque, j’étais venu voir mon père, très malade. Il venait de lire ça et il pleurait. » précisait-il au journal Libération après sa nomination comme sélectionneur de l’équipe de France.

En raison de cet incident, Tony Vairelles ne joue plus que des bouts de match, et forcément ses performances s’en ressentent. Des sifflets commencent à retentir dans les travées de Gerland. La presse interroge alors l’ailier sur les possibilités d’un départ lors du mercato hivernal 2001. « Je suis prêt à rejouer à Gerland, même si je ne comprends pas toujours les réactions du public. C’est vrai qu’une partie du public m’a sifflé contre Sedan. Mais, dans le même temps, d’autres supporters scandaient mon nom. Encore une fois, je ne demande pas à partir au mercato. Mais si d’autres y pensent pour moi et si on ne veut plus de moi à Lyon, j’en tirerai les conclusions qui s’imposent. » Le président Aulas donnera finalement gain de cause à son coach en prêtant Vairelles pour les 6 mois restants aux Girondins de Bordeaux, puis la saison suivante au SC Bastia. A chacun de ses retours à Gerland, les supporters ne se privent pas pour conspuer celui devenu leur nouvelle tête de Turc. Lors de la saison 2002-2003, Paul Le Guen tentera bien de le relancer. Mais la banderole d’accueil des Bad Gones (« Bienvenue chez toi Neuneu ! ») et ses performances peu convaincantes mettront un terme définitif à son aventure lyonnais lors du mercato d’hiver 2003.

8. Memphis Depay (2017-2021)

A Lyon, certains adulent Memphis Depay, d’autres le détestent. Mais lorsqu’il débarque dans la cité rhodanienne en provenance de Manchester United lors du mercato d’hiver 2017, les supporters comprennent vite que leur club favori vient de recruter un phénomène, dans tous les sens du terme. Passé de bad boy irrégulier à capitaine, les statistiques de Depay font de son passage dans la Ville Lumière une incontestable réussite. Avec 99 buts et 68 passes décisives en 221 matchs, il assume incontestablement son rôle de leader d’attaque de l’OL, encore plus après le départ de Lacazette vers Arsenal. Pourtant, l’international néerlandais ne fait pas l’unanimité. Ni chez les supporters, ni chez les médias. Que lui reproche t-on exactement ? D’abord, le fait qu’il n’ait jamais caché que l’OL était un tremplin pour sa carrière. Après un passage plus que moyen à Manchester, on aurait pu s’attendre à plus d’humilité de la part du joueur formé au PSV Eindhoven. Pourtant, il ne cesse clamer ses envies de jouer dans un plus grand club dès qu’un journaliste l’interroge. Les supporters sont également agacés par son manque d’effort dans l’apprentissage de la langue française. Malgré quatre ans dans l’Hexagone, Depay n’a donné des interviews que dans langue de Shakespeare aux médias français. Mais c’est surtout son attitude désinvolte que ses détracteurs abhorrent le plus. Capable des plus beaux coups de génie, les supporters lyonnais ont également pu observer des prestations totalement insipides de l’ancien barcelonais. Il arrive trop souvent à Memphis de tomber dans la nonchalance, voire la suffisance. Bruno Génésio n’avait d’ailleurs pas manquer de le recadrer, alors que son joueur s’était permis de le critiquer devant les médias après une victoire à Angers (2-1) : « Je m’excuse pour trois raisons, je m’excuse pour tous tes retards, pour les chaussures que tu portes à l’entraînement de ton équipementier et non de celui du club, et pour ton manque d’implication à l’échauffement samedi. » Malgré des appels du pied insistants (voire gênants) du président Aulas pour le prolonger, Memphis Depay gardera les doigts sur ses oreilles et signera librement au FC Barcelone à l’été 2021. Un an plus tard, le club catalan l’a déjà vendu à l’Atletico Madrid.

7. Bertrand Traoré (2017-2020)

Avant d’avoir pour politique de recrutement le « retour des vieilles gloires », l’OL avait un penchant pour faire signer ses bourreaux. Auteur d’un parcours remarquable en Europa League lors de la saison 2016-2017 (élimination en demi-finales par l’Ajax Amsterdam), Lyon attaque le mercato estival 2017 avec la volonté de ne pas recroiser la route de ceux qui lui ont posé des problèmes. De fait, Marcelo (Besiktas), Kenny Tete (Ajax) et Bertrand Traoré (Ajax) font partie des nouvelles recrues présentées par le président Aulas cet été-là. Le dernier cité est certainement celui qui a fait le plus de mal à l’OL la saison précédente. Lors du match aller disputé à Amsterdam (1-4), Bertrand Traoré met les joueurs de Génésio à genoux, avec deux buts et une passe décisive. Deux mois plus tard, l’OL n’hésite donc pas à débourser 10M€ pour un joueur qui appartenait alors à Chelsea. Et sa première partie de saison est encourageante. Buteur sur coup-franc lors de la 3ème journée de L1 face à Bordeaux (3-3), il permet également à l’OL d’arracher un précieux succès sur la pelouse d’Everton (2-1), d’une subtile madjer. Le trident qu’il compose avec Mariano et Memphis Depay se montre prolifique, et permet aux supporters de rêver à nouveau de lendemains qui chantent. Malheureusement, l’inconstance de Bertrand Traoré va finir par le rattraper.

Celui qui a toujours clamé sa préférence pour l’axe de l’attaque est utilisé avant tout comme ailier par Bruno Génésio. Contrairement au poste d’avant-centre, cette position exige du joueur qui l’occupe des efforts défensifs non négligeables. Forcément, sa lucidité offensive s’en ressent. « Il fait beaucoup d’efforts inutiles. On ne peut pas lui reprocher, il revient, mais c’est souvent inutile. Du coup, offensivement, il perd de la lucidité. » analysait Sydney Govou, spécialiste du poste, invité dans l’émission Tant qu’il y aura des Gones en novembre 2019. Tantôt brillant, tantôt frustrant, l’international burkinabé (68 sélections, 13 buts) agace de plus en plus dans les travées du Groupama Stadium. « J’ai été sifflé parfois, je le sais, comme d’autres joueurs dans l’équipe d’ailleurs. C’est la vie, ce sont les aléas du métier. Tu fais avec et tu continues de faire ton boulot aussi bien que possible. Dans tous les cas, on ne peut pas plaire à tout le monde, même si ça fait du bien d’entendre des encouragements de son public plutôt que des sifflets.», philosophait le petit frère d’Alain Traoré dans le média Sidwaya Sport.

Juste après avoir remplacé Sylvinho, Rudi Garcia constate bien l’inconstance de son joueur. Rapidement, il met l’Étalon sur le banc. Puis en tribunes. « Quand le coach est arrivé, dès le début les choses étaient claires. Il m’a mis deux matches de suite sur le banc. Le troisième match, j’étais dans les tribunes. Je ne dirais pas que le message était très clair, mais il était assez clair. Il a ses préférences, il fait ses choix. Je respecte, je travaille. J’essaie de donner le maximum de moi-même et on verra ce qui va se passer. » Le dernier match du Burkinabé avec le maillot de l’OL sera la fameuse finale de la Coupe de la Ligue post-confinement face au PSG, disputée en plein été. Après avoir disputé un match sans relief (0-0), Lyonnais et Parisiens sont dans l’obligation de se départager aux tirs au but. Traoré est le seul joueur du match à manquer le sien, ne permettant pas à l’OL de glaner un premier titre depuis 2012. L’OL laisse finalment filer le natif de Bobo-Dioulasso vers Aston Villa quelques jours plus tard, empochant au passage 18,4 M€.

6. Léo Dubois (2018-2022)

Comment Léo Dubois a t-il pu passer de coqueluche que le Groupama Stadium souhaite voir porter le maillot bleu à tête de Turc préférée des supporters sur les réseaux sociaux ? Le brassard de capitaine confié par Peter Bosz à l’été 2021 semble en être la principale cause. Car lorsqu’il signe à Lyon comme agent libre, en provenance du FC Nantes, tout laisse à penser que l’OL vient de réaliser un sacré coup. Cette tendance se confirme avec sa très belle deuxième partie de saison 2018-19, lui permettant d’obtenir sa première sélection en juin 2019 lors d’un match amical face à la Bolivie (2-0, match joué au Stade de La Beaujoire). Puis va s’installer une espèce de routine : parfois bon, mais globalement neutre dans les grands rendez-vous, ses performances sportives commencent à faire douter les supporters lyonnais. Pourtant, c’est bien l’ancien Nantais que Bosz propulse capitaine lors de l’été 2021. Mais plutôt qu’une récompense, ce brassard va s’avérer être un fardeau pour un joueur pas forcément leader, et souffrant d’un certain manque de légitimité. Celui-ci va d’ailleurs s’aggraver lorsque l’international français se fait sortir du onze par un petit jeune de 18 ans, un certain Malo Gusto. Pris en grippe sur les réseaux sociaux, Dubois voit également ses propres supporters le siffler régulièrement au Groupama Stadium. Le point de non retour va être atteint en mars 2022. Déjà conspué quelques jours plus tôt lors de la débâcle face à Rennes (2-4), Léo Dubois est à nouveau chahuté lors de ce huitième de finale d’Europa League face à Porto. Passeur décisif sur le but lyonnais, il profite de la mêlée festive pour adresser un « chut » aux supporters lyonnais. Lassé de cette relation conflictuelle, Léo Dubois quitte finalement l’OL l’été dernier pour rejoindre le club turc de Galatsaray, où il a d’ailleurs été accueilli en héros dès l’aéroport.

5. Karl Toko-Ekambi (2020-?)

« Quand la deuxième période a démarré, il y avait des insultes de la part des supporters. On les entendait clairement quand il y avait des corners. C’était des insultes touchant les parents. Moi, j’ai perdu un parent proche, donc ça fait mal. De la part de nos supporters, ça fait mal. » Malgré la large victoire de l’OL face à Montpellier (5-2) un soir d’avril 2022, Karl Toko-Ekambi semble désabusé. L’international camerounais (53 sélections, 12 buts) ne s’attendait pas à voir les kops exprimer à ce point leur mécontentement, malgré la saison sans qualification européenne qui se profile. Alors, lorsqu’il inscrit le quatrième but lyonnais, il ne peut s’empêcher de mettre le doigt devant la bouche en guise de célébration. Son regard soutenu vers les Bad Gones en fait dégoupiller une partie, et certains supporters se ruent alors pour l’insulter, voire plus si la sécurité ne parvient pas à les canaliser. Une attitude fustigée par le président Aulas juste après la rencontre. « Je suis vraiment malheureux de voir la réaction de ces quelques supporters, déplorait JMA sur Prime Video. Les supporters, en s’en prenant directement aux joueurs, créent une relation de tension qui devient insupportable. On n’est plus, j’allais dire dans un état de droit mais un club de droit, puisqu’on voit bien que la rébellion fait monter une tension entre les joueurs et ce groupe de supporters. » Une situation qui s’est presque reproduite il y a dix jours lors de la défaite face à Strasbourg (1-2). Alors les supporters sont-ils trop durs avec KTE ? Deuxième meilleur buteur du club lors des saisons 2020-2021 (derrière Depay) et 2021-2022 (derrière Dembélé), l’attaquant est loin d’avoir montré que des mauvaises choses sous les couleurs de l’OL. D’abord prêté par Villareal (avec option d’achat) à l’hiver 2020, le natif de Paris a plutôt justifié les 11,5M€ dépensés par Lyon six mois plus tard pour le conserver. Les incollables de l’OL ont certainement en tête le magnifique match réalisé par l’ancien Angevin à Monaco en octobre 2020. Avec deux buts et un penalty provoqué, Toko-Ekambi termine évidemment homme du match, pour le plus grand bonheur de Rudi Garcia. « Il a fait un énorme match. Il a tout de l’attaquant moderne. Il est technique, il est capable d’éliminer et il va vite. Il avait tout de suite marqué en arrivant à Lyon. Il a eu du mal à retrouver de la réussite après le confinement. Ça fait plaisir de le voir en réussite comme ce soir. » En revanche, KTE a tendance à devenir un poids pour ses coéquipiers lorsque cette réussite disparaît.

Sans confiance, Toko-Ekambi rate tout ou presque. Le ras-le-bol progressif des supporters à son encontre est aussi dû à la période que le Camerounais traverse actuellement. N’ayant pas inscrit le moindre but depuis septembre, KTE n’arrive plus à reproduire en match les bonne performances constatées par Laurent Blanc à l’entraînement. « Ce n’est pas du tout la même chose entre son niveau de la semaine et son niveau pendant les matches. C’est un joueur complet, qui va vite, qui dribble. Mais ses productions ne sont pas à la hauteur. Ce qu’il fournit à l’entraînement, il n’arrive pas à le donner en match. C’est dommage car on en a besoin. Il doit y avoir un problème, il faut retrouver la confiance individuellement. » Mais après avoir discuté avec son joueur, le coach lyonnais est finalement arrivé au constat que Karl Toko-Ekambi n’est plus heureux à Lyon. Encore plus avec les nombreux sifflets reçus il y a dix jours. Sauf retournement de situation, Toko-Ekambi va être prêté à Rennes sans option d’achat jusqu’à la fin de la saison en cours.

4. Jean II Makoun (2008-2011)

L’histoire était pourtant partie pour être belle. Déjà désiré par Gérard Houllier deux ans plus tôt, c’est finalement à l’été 2008 que Jean II Makoun rejoint l’Olympique lyonnais. Recruté pour 14 M€, l’international camerounais (68 sélections) arrive dans les bagages du nouveau « manager à l’anglaise » de Lyon, Claude Puel, lui aussi débarqué de Lille. Très heureux de cette recrue, l’OL offre même à Jean II Makoun l’opportunité de porter le numéro 17, plus attribué depuis le décès de Marc-Vivien Foé à Gerland en 2003. Et les débuts de Makoun sont convaincants. Buteur dès son premier match à Gerland face à Toulouse (3-0), il compose avec Juninho et Toulalan un trident solide et complémentaire. Toutes compétitions confondues, le milieu défensif camerounais inscrit 10 buts et offre 3 passes décisives, en faisant l’un des Lyonnais les plus réguliers de la première saison sans titre de l’OL depuis sept ans.

D’ailleurs, cette perte de standing se confirmant la saison suivante, les supporters lyonnais vont rapidement accuser un coupable évident à leurs yeux : le coach. Appelant régulièrement à sa démission, les supporters vont également prendre en grippe tous les joueurs estampillés « Puel ». Et évidemment, Makoun, devenu incontournable au LOSC sous la houlette de l’ancien coach niçois, devient une cible privilégiée. « Ce souci avec les supporters ne vient pas de mes performances sportives. Je sais que ça ne vient pas du stade. Ça vient d’ailleurs. Certaines personnes insinuent que je suis le “fils“ du coach, se confiait-il à Lyon Mag en décembre 2010. À force de dire que je suis le “fils“ du coach, certains de mes coéquipiers me chambrent avec ça. Je sais que c’est de l’humour. Mais, au bout d’un moment, c’est lourd. » Cette situation pousse même Claude Puel à ne le titulariser qu’à l’extérieur lors de la fin de son aventure lyonnaise. « C’est incroyable ! Je ne comprends pas. Ne pas me faire jouer à domicile à cause de personnes qui me sifflent. Vous trouvez ça normal ? » Ne supportant plus la situation, Jean II Makoun est vendu à Aston Villa dès le mois de janvier 2011… Un club alors entraîné par un certain Gérard Houllier.

3. Maxwel Cornet (2015-2021)

Alors que Lyonnais et Montpelliérains s’affrontent au Groupama Stadium dans un match sans relief (0-0), le Groupama Stadium s’apprête à gronder pour la première fois. Voyant son coéquipier Bertrand Traoré sur le point d’entrer en jeu, le défenseur Marcelo s’avance vers le kop lyonnais pour essayer de contenir les supporters. Rien n’y fait, Maxwel Cornet sort sous les huées du public. « Je peux comprendre qu’on soit déçu d’un résultat, mais quand on fait ça, on fait perdre de la confiance au joueur et je ne trouve pas que ce soit une bonne chose. En plus, quand on connaît Maxwel… » se désolait le Brésilien en zone mixte après le match. Car l’une des premières caractéristiques de Maxwel Cornet, c’est la place qu’il a su se faire dans le vestiaire lyonnais. « On est très dur avec Maxwel. Il ne triche jamais, se donne toujours à fond. Il a connu parfois du déchet mais c’est logique pour un joueur offensif. Il faut lui donner la confiance car il marche à la confiance », notait par exemple Jordan Ferri dans l’Équipe.

Mais c’est bien ce déchet trop régulier que les supporters lyonnais reprochent au joueur formé au FC Metz. Souvent raillé pour sa propension à manquer le cadre, Rudi Garcia tentera même de le relancer comme piston gauche. Un succès mitigé.  Finalement vendu à Burnley contre 15M€ à l’été 2021, Cornet est resté fidèle à ses qualités au moment de remercier l’OL, un club dans lequel il a atterri alors qu’il avait à peine 18 ans : « Tellement fier d’avoir porté ce maillot, d’avoir fait partie des vôtres, alors pour tout ça merci. Je pars avec le cœur lourd, avec le sentiment d’emporter avec moi une petite partie de vous. » Entre nostalgie et exaspération, les suiveurs de l’OL des années 2010 n’oublieront pas Maxwel Cornet.

2. Claudio Beauvue (2015-2016)

Fort d’une saison 2014-2015 exceptionnelle sous les couleurs de l’En Avant Guingamp (27 buts TCC), c’est un Claudio Beauvue plein de confiance qui débarque à Gerland lors du mercato estival. S’il pensait avoir signé chez le deuxième club de Ligue 1, le Guadeloupéen ne s’attendait certainement pas à vivre la fin brutale de l’ère Fournier. Neuvièmes du championnat à la trêve, les Gones ont alors enchaîné les mauvais résultats, et les dernières recrues, dont Beauvue, sont évidemment prises pour cibles. Ses huit petits buts ne suffisent pas à convaincre les supporters qui se mettent à le siffler régulièrement.

Demandant une première fois au parcage lyonnais de se taire lors de la victoire à Limoges (7-0) en 32èmes de finale de la Coupe de France, l’actuel joueur de l’US Boulogne va même se permettre de provoquer les Bad Gones lors du match inaugural du Parc OL (victoire 4-1 face à Troyes). Alors qu’il vient d’inscrire le dernier but en ce jour de fête, Beauvue n’hésite pas à coller ses mains derrière ses oreilles, puis à montrer avec insistance son nom floqué au dos. Exaspéré, Jean-Michel Aulas somme son joueur de s’excuser. « Affecté par les propos injurieux et menaçants de la part de certains, j’ai mal réagi. Je tiens à m’excuser auprès des fidèles supporters lyonnais que j’ai pu heurter et que je remercie pour leur soutien. » tweete-il quelques jours plus tard. Cela ne suffira pas aux dirigeants lyonnais qui font finalement le choix de le céder au Celta Vigo pour 5M€.

1. Marcelo (2017-2022)

Le conflit entre Marcelo Antônio Guedes Filho et une partie des supporters de l’OL prend sa source en octobre 2019. Alors que Lyon est déjà loin de briller en championnat (aucune victoire entre la 3ème et la 11ème journée), et malgré l’arrivée de Sylvinho sur le banc, le club ne fait pas non plus d’étincelle en C1 (1 victoire, 1 nul et 1 défaite).  Malgré le licenciement (post-derby) en urgence de l’entraîneur brésilien, et l’arrivée dans la foulée de Rudi Garcia sur le banc lyonnais, les Gones manquent leur dernier match aller sur le terrain du Benfica (1-2). Sur le tarmac de l’aéroport lisboète, ce sont des supporters rhodaniens remontés qui attendent leurs joueurs. « A un moment, il y a eu des critiques voire des insultes de la part de certains supporters et le joueur concerné – mais aussi d’autres – a répondu » , racontait alors le président Aulas. Le joueur concerné est évidemment Marcelo, qui est à deux doigts de chausser les gants de boxe pour en découdre avec certains supporters ayant prononcés des mots visiblement trop durs.

Ce qui pourrait être interprété comme du courage va en fait être considéré comme un sérieux manque de respect par une partie des membres du Kop Virage Nord. Dix jours plus tard, les Lyonnais se déplacent à Toulouse (3-2) et, bien que le défenseur brésilien soit resté sur le banc toute la rencontre, le parcage lyonnais prend un malin plaisir à conspuer le natif de São Vicente au cours de la rencontre. Deux jours plus tard, c’en est trop pour sa femme Tatiana Guedes qui décide de prendre la parole sur Instagram. Elle appuie notamment sur le fait que son mari a en réalité un problème personnel avec un seul supporter : « Mon époux n’a aucun problème et n’a jamais eu de problèmes avec les sifflets. Ce n’est qu’un seul idiot qui veut se montrer. Son problème avec mon époux est personnel. C’est l’idiot qui a invité mon époux à se bagarrer en plein match, le même idiot qui essayait de brutaliser les joueurs à l’aéroport au Portugal, et le même idiot qui essayait de s’en prendre à Marcelo lors du match contre Toulouse. » Si l’objectif de cette intervention était certainement d’apaiser la situation, cela va plutôt mettre le feu aux poudres.

Pour son dernier match de poule au Groupama Stadium, l’OL reçoit Leipzig. Les Lyonnais doivent au moins gagner un point pour retrouver les huitièmes de finale de C1 en février. Et même si les Lyonnais font douloureusement le travail (menés 0-2, les hommes de Rudi Garcia arrachent finalement le 2-2), l’humeur dans les tribunes n’est pas à la fête. Alors que les joueurs s’avancent pour remercier le Virage Nord, un supporter (le fameux “idiot” de Tatiana Guedes ?) s’avance vers Marcelo, accompagné d’une banderole explicite : “Marcelo dégage”. Pour être sûr que le Brésilien ait bien compris le message, les mots doux du supporter sont accompagnés par le dessin d’un âne. A la vue de cette provocation, Memphis Depay dégoupille et fonce vers le propriétaire du tissu afin de lui demander d’arrêter de provoquer son coéquipier. Alors que Lyon est censé fêter une qualif’ en Ligue des Champions, supporters et joueurs offrent le triste spectacle d’un échange houleux, devant des téléspectateurs médusés. Nous sommes à quelques jours du début du mercato hivernal, le divorce entre Marcelo et ses supporters semble acté. « Est-ce que j’ai pensé à partir ? Oui à un moment. J’étais touché et ma famille aussi, j’y ai pensé, ça m’a traversé l’esprit. Mais Dieu m’a parlé et a pris la bonne décision (…) Si on me dit de partir, on discutera. Mais je veux profiter de ces bons moments. » Pour pouvoir tenir un tel discours en conférence de presse à la mi-février 2020, Marcelo a d’abord dû mettre de l’eau dans son vin. Dès la mi-janvier 2020, alors que l’OL ramène 3 points de Bordeaux (2-1), le Brésilien décide de prendre l’initiative d’aller dialoguer avec les supporters présents en Gironde, au coup de sifflet final. « Ce geste est un geste de pardon, il a mis fin à beaucoup de choses. Je suis heureux, les gens du club savent que je suis dévoué, je respecte tous ces gens. Je veux profiter de ce bon moment. Qui sait si nous n’allons pas fêter un titre dans quelques semaines ? », s’emballait même le défenseur brésilien en zone mixte.

Après le premier confinement, Marcelo va retrouver petit à petit la confiance, au point de former avec Jason Denayer l’une des charnières les plus redoutables de L1, notamment lors de la saison 2020-2021. Peter Bosz comptant bien s’appuyer sur son défenseur central l’année suivante, une malheureuse flatulence va mettre un terme définitif à l’aventure entre Marcelo et l’OL. Au mois d’août 2021, alors que l’entraîneur batave cherche encore la bonne formule, les Gones coulent totalement à Angers (0-3) lors de la 3ème journée de Ligue 1. Alors que le club est déjà en proie au doute, Bosz et Juninho voient rouge en observant que ce cadre du vestiaire est bien plus concerné (et amusé) par son pet que par le discours du capitaine Dubois. Marcelo ne portera plus jamais les couleurs de l’OL, et signera aux Girondins de Bordeaux l’hiver suivant. Il évolue aujourd’hui en Australie sous les couleurs des Western Sydney Wanderers.

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