OL des 90’s : c’était Gava bien !

Vendredi dernier, Franck Gava fêtait ses 53 ans ! Pour les plus jeunes, le nom de ce délicieux milieu offensif gauche, pourtant droitier, n’évoque peut-être pas grand-chose… Mais pour Lyon-collection et Phanou Herko, deux amoureux de l’OL des années 90 qui ont pour habitude de partager leur nostalgie sur les réseaux sociaux, le natif de Montargis représente tout ou presque. Le 24 mai 1997, ils étaient en tribunes pour assister à cet Olympico ahurissant, pendant lequel les Lyonnais étrillaient l’OM (8-0) à Gerland. Ce match historique, au cours duquel Franck Gava a inscrit le troisième but, est également le dernier de l’international français (3 sélections) sous les couleurs de l’OL. Avant de le laisser filer vers la Capitale, Gerland tenait absolument à célébrer son petit génie. Sur les épaules de Florent Laville au moment de son tour d’honneur, c’est un Gava ému qui salue une dernière fois sa ville d’adoption. Vingt-cinq ans plus tard, nos deux mélancoliques que sont Lyon-collection et Phanou Herko continuent de faire vivre la « Gavamania » entre Rhône et Saône.

Le « nouveau Platini » débarque à Lyon

Très précoce, Franck Gava n’a que 16 ans lorsqu’il effectue ses débuts professionnels sous les couleurs de son club de formation : l’AS Nancy-Lorraine. Se dispute alors la saison 1986-1987 et c’est peu dire que le club nancéien est au plus mal. Club de la première partie de tableau au début des années 80, l’ASNL connaît alors un déclin brutal, aboutissant à la relégation en Division 2 du club lorrain. Si cette situation est forcément difficile à vivre pour ce club historique, elle permet aussi un renouvellement d’effectif, toujours profitable aux jeunes pousses à la recherche de temps de jeu. Franck Gava est de ceux-là, et il s’impose comme un titulaire indiscutable dès la saison 87-88. Ses performances lui permettent même de connaître ses premières sélections en équipe de France Espoirs.

La saison suivante, il poursuit sa progression en devenant l’un des joueurs les plus utilisés par Robert Dewilder, l’entraîneur de Nancy à l’époque. Avec 5 buts inscrits en 32 rencontres, il est l’un des grands artisans du beau parcours de l’ASNL en D2, qui se conclut malheureusement sans podium (5ème), et donc sans montée. En revanche, lors de la saison suivante (89-90), les Nancéiens ne manquent pas le coche en décrochant le titre de champion de D2. Il s’agit du premier titre professionnel de Franck Gava, qui aura encore pris une part active avec pas moins de 33 matchs disputés (4 buts).

Si Nancy gagne une première fois sa lutte pour ne pas descendre lors de ses retrouvailles avec l’élite, le club lorrain ne réitère pas l’exploit la saison suivante. Pour Franck Gava, il est inimaginable de monter une nouvelle fois dans l’ascenseur avec ses coéquipiers. A 21 ans, le joueur formé à Nancy a démontré qu’il avait largement les capacités pour continuer à briller en D1. « C’est Michel Platini, qui suit Nancy bien sûr (ndlr : Platini a été formé à l’ASNL), qui m’a appelé et qui m’a dit Bernard : il y a un joueur extraordinaire pour vous qui joue à Nancy et qui s’appelle Franck Gava » se remémorait Bernard Lacombe dans les pages du Progrès. A l’été 92, celui à qui on a attribué le lourd surnom de « nouveau Platini » débarque pour 5 ans au sein d’une équipe entraînée alors par un certain Raymond Domenech.

Gava-Maurice, pour que Gerland frémisse

Bien que l’OL n’est alors pas encore un club majeur du championnat de France, pas évident pour Franck Gava de se faire une place dans un effectif comptant des joueurs confirmés comme Bruno N’Gotty, Ghislain Anselmini, James Debbah, Bruno Génésio ou Rémi Garde. Pourtant, l’ancien Parisien est adopté par Gerland dès sa première saison. Très vite, les supporters lyonnais découvrent un joueur étincelant de facilité pour éliminer l’adversaire. A une époque où le principe du faux pied n’était pas encore institué, il étonnait tout le monde avec sa capacité à revenir vers le cœur du jeu. « Pour moi, le comparer à un autre joueur est quasiment impossible puisque je n’ai jamais revu un joueur avec de telles qualités, surtout sur le côté gauche » tranche un Lyon-collection qui a pourtant également vu évoluer Florent Malouda. « C’était un numéro 10 qui penchait à gauche. Sa vision de jeu était incroyable, sa technique était au-dessus du lot et son sens de la passe était exceptionnel » complète un Phanou Herko toujours sous le charme de l’ancien Rennais. Les supporters de l’époque semblent partager l’avis des deux compères puisque Gava termine sa première saison à Lyon deuxième meilleur buteur du club (8 buts, juste derrière Rémi Garde).

La saison suivante, l’OL amorce un grand chamboulement. Outre le remplacement de Raymond Domenech par Jean Tigana, les Gones voient leur capitaine Rémi Garde filer du côté de Strasbourg. Le président Aulas décide alors de sortir le chéquier, et de grands noms tels que Pascal Olmeta, Abedi Pelé, Manuel Amoros, Eric Roy ou encore Marcelo Djian viennent renforcer le club. Pourtant, ce n’est pas sur ces joueurs confirmés que les supporters de l’OL ont les yeux rivés. Devant, Franck Gava s’est découvert un nouvel acolyte, un gamin du cru formé au club : Florian « Tintin » Maurice qui n’a alors que 20 ans. Si Gava ne marque que 2 buts (« Tout le monde regarde le buteur en premier, c’est logique… Mais souvent, celui qui fait la passe est aussi important », conteste Lyon-collection), il permet à son binôme de terminer meilleur buteur du club (8 buts) et à l’OL de finir la saison à une honorable 8ᵉ place.

Lors de la saison 94-95, le duo Maurice-Gava continue de s’affirmer en championnat. Pour la deuxième fois consécutive, l’actuel directeur sportif du Stade Rennais termine meilleur buteur du club avec 15 réalisations. De son côté, Gava termine carrément meilleur passeur du championnat de France (10 passes), tout en plantant la bagatelle de 9 caramels. Cette superbe saison du duo Gava-Maurice permet à l’OL de terminer seconde du championnat de France, derrière le FC Nantes. D’ailleurs, le fait que nos deux supporters historiques aient gardé un souvenir si fort de Franck Gava, sans évoquer Florian Maurice ou si peu, nous interpelle. « L’admiration que nous avons pour Gava n’enlève pas l’affection que nous portons à Maurice. Mais je crois que sa personnalité, sa discrétion et sa constance nous ont beaucoup marqué », corrige immédiatement Phanou Herko. Ce dernier complète même son analyse par une déclaration de Franck Gava illustrant parfaitement la personnalité de son idole selon lui : « J’adore faire marquer un but à un copain. Parfois, dans certaines situations devant le but, si je sais rester lucide, je préfère faire la passe décisive plutôt que de tenter ma chance. »

La saison 95-96 représente le seul point noir des années lyonnaises de « FG ». Alors que Jean Tigana vient d’être remplacé par Guy Stéphan, et que l’OL voit émerger une fournée exceptionnelle de joueurs issus de son centre de formation (Florent Laville, Jean-Christophe Devaux, Ludovic Giuly, Cédric Bardon…), Gava va connaître une année noire sur le plan physique. Gêné par plusieurs blessures, il ne dispute que 13 matchs de D1 (pour 2 buts), et ne prend pas part à la finale de la Coupe de la Ligue face au FC Metz (0-0, défaites des Gones aux TAB 4-5).

Déjà sollicité l’été précédent, Franck Gava débute sa cinquième saison à l’OL en annonçant d’emblée qu’il s’agit de sa dernière. N’étant plus dérangé par les blessures, il retrouve son meilleur niveau jusqu’à taper dans l’œil d’Aimé Jacquet, qui lui offre sa première sélection en octobre 96, face à la Turquie. C’est à cette même période que Jean-Michel Aulas fait un choix plutôt rare le concernant : changer d’entraîneur en cours de saison. Après la 14ème journée de championnat, il démet Guy Stéphan de ses fonctions et réinstalle pour la seconde fois (il constituait déjà un binôme avec Domenech) Bernard Lacombe sur le banc. Ayant bien gardé en mémoire les conseils de son vieil ami Platini, Lacombe ne s’y trompe pas en désignant Franck Gava capitaine. Et depuis l’été 96, le duo qu’il constitue avec Maurice est en fait devenu un trio, avec l’arrivée d’Alain Caveglia en provenance du Havre. Cette triplette est directement impliquée dans 50 % des buts de leur équipe et l’OL dispose alors de la troisième meilleure attaque de D1 (59 buts dont 19 pour le seul « Cavegoal »). La trop grande friabilité défensive des Gones (50 buts encaissés) ne permettra pas aux hommes de Bernard Lacombe de faire mieux qu’une 8ème place.

1997 : le début d’un douloureux déclin

« J’étais en Virage Nord supérieur. Inoubliable et historique ce 8-0 contre Marseille ! D’ailleurs, je crois que Gava a gardé le ballon du match, dédicacé par l’ensemble de l’effectif… Une sacrée pièce de musée ! » Si Lyon-collection a bien des souvenirs du match en lui-même, son âme de collectionneurs n’est jamais très loin. Pour lui, comme pour son « frère de nostalgie », le 24 mai 1997 est synonyme de grande fête, mais également de pincement au cœur. « Les chants spécifiques pour les joueurs n’étaient pas fréquents, mais son nom était très souvent scandé par le Virage Nord et la tribune Jean-Bouin à Gerland » tient à préciser Phanou Herko. Quoi qu’il en soit, cet Olympico mythique marque le point final du passage de Franck Gava à l’OL. Reconnaissant envers son investissement et sa personnalité, le club profite de l’occasion pour lui offrir un bouquet de fleurs en début de match. Le présent est remis par un jeune du club… Un certain Karim Benzema, 10 ans à l’époque. Une fois le feu d’artifices de buts terminé, Gerland et ses coéquipiers fêtent et remercient leur héros pendant de longues minutes. Un héros qui va faire le choix de rester en France après son passage à l’OL.

                  

Alors que plusieurs clubs européens le surveillent de près, Gava décide de ne pas s’exiler, afin notamment de faciliter le mode de vie de sa fille (7 ans à l’époque), mais également pour rester dans le viseur du sélectionneur tricolore à l’approche de la Coupe du Monde 98. Il choisit donc de suivre son compère Florian Maurice au PSG, qui se paye le luxe de reconstituer la doublette qui a enchanté Gerland. Difficile à vivre pour nos passionnés de l’OL des années 90 ? « Pour être franc, on avait plus les boules de voir Maurice partir… En 97, il avait été blessé la moitié de la saison. Trois mois après son retour, il part au PSG et ça lui coûte la Coupe du Monde ! En comparaison, Gava était présent depuis 5 ans, avait toujours mouillé le maillot et respecter le club. Comme nous n’étions à l’époque pas une équipe du haut de tableau, sa volonté d’évoluer dans sa carrière est compréhensible », relativise Lyon-Collection. La Coupe du Monde, Franck Gava ne va pas plus la disputer que son acolyte. Plutôt que le néo-duo parisien, Aimé Jacquet leur privilégie une doublette d’Auxerrois : Bernard Diomède à gauche et Stéphane Guivarc’h en pointe. Un décision que Phanou Herko ne s’explique toujours pas : « C’est incompréhensible et inexplicable. Franck Gava aurait dû être champion du monde. »

Si le passage à Paris de l’ancien Lyonnais lui permet de garnir son armoire à trophées (Coupe de France et Coupe de la Ligue 1998), et de goûter aux grandes soirées de Ligue des Champions, les performances de son équipe en championnat (8ème) marquent la fin de l’ère Denisot au Parc des Princes. L’ancien présentateur du Grand Journal est remplacé par Charles Biétry, qui décide de faire table rase du passé en renouvelant massivement l’effectif (départs de Rai, Fournier, Le Guen, Guérin et Roche notamment). Franck Gava en fait également les frais, et est transféré à Monaco dès l’été suivant.

Malgré ses retrouvailles avec Ludovic Giuly, l’aventure en Principauté ne va durer qu’une saison pour le joueur formé à Nancy. Régulièrement titularisé à gauche dans un effectif à forte concurrence (Ikpeba, Henry, Trézéguet, Giuly, Farnerud…), Gava n’inscrit que deux buts, et voit son équipe conclure le championnat à la 4ème place. Mais alors qu’il aurait pu poursuivre l’aventure avec les futurs champions de France 2000, il se laisse personnellement convaincre par le challenge proposé par le Stade Rennais. Il faut dire que le club breton vient de confier les rênes de son équipe première à un tout jeune entraîneur, que Gava connaît bien depuis ses années parisiennes : un certain Paul Le Guen. Mais malgré 18 rencontres et 1 but, de vilaines douleurs aux pieds viennent entacher l’unique saison rennaise de Franck Gava. L’ailier gauche décide finalement de consulter l’été suivant, et c’est un sacré couperet qui tombe sur la tête du « chouchou » de Gerland : victime d’arthrose précoce, Frack Gava est diagnostiqué inapte à la pratique du football et met un terme à sa carrière à l’âge de 31 ans. En conflit avec son club qui ne le payait plus depuis novembre 2000, alors que son contrat courait jusqu’en juin 2002, il attaque le Stade Rennais aux prud’hommes qui se retrouve condamné à verser 6,4M de francs à son ancien joueur.

Les deux maillots de Franck Gava de Lyon-collection

Lorsqu’on analyse la trace qu’a laissé Franck Gava dans le cœur des supporters lyonnais des années 90, on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi il est si peu cité lorsque l’Histoire de l’Olympique lyonnais est évoquée. « Avec les qualités qui étaient les siennes, c’est bien triste qu’un tel joueur se soit arrêté si jeune. Il n’a pas fait la carrière qu’il aurait dû faire. Tous les coéquipiers qui l’ont côtoyé en club disent la même chose » regrette Lyon-collection. De son côté, Phanou Herko rappelle que Gava ne sera malheureusement jamais un joueur des années fastes de l’OL : « Globalement, les années pendant lesquelles il a joué à l’OL étaient compliquées pour le club (hormis 95-96). La décennie suivante, celle des titres, a tout balayé dans la mémoire de beaucoup d’amoureux de l’OL. » Pour ceux qui n’ont pas oublié, ne vous inquiétez pas : Lyon-collection et Phanou Herko sont là pour continuer à faire vivre la « Gavamania ».

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